Gestion difficile des lieux de culte à Montréal
Les arrondissements montréalais se voient de plus en plus obligés d’encadrer les groupes religieux minoritaires, qui multiplient l’installation de lieux de culte dans des locaux commerciaux, dont la légalité est contestable.
La géographie religieuse est en pleine mutation, affirme le chercheur Frédéric Dejean, de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal. «On est passé d’une époque où les lieux de culte étaient des endroits facilement identifiables, pour se retrouver dans une ère où ces groupes religieux s’implantent dans le bâti existant et contournent parfois les règles de zonage», indique celui qui tiendra aujourd’hui une conférence sur le sujet.
Dans cet exposé intitulé «Les arrondissements montréalais à l’épreuve de la diversité religieuse», le chercheur rappelle les problèmes vécus par les arrondissements montréalais. Bien que les différentes mairies composent avec des groupes culturels différents, les problèmes sont similaires, soutient M. Dejean.
Il y a d’abord la question des permis. Lorsqu’une communauté veut mettre en place un lieu de culte, elle s’adresse au service d’urbanisme pour obtenir un «certificat d’occupation pour activité religieuse», qui sanctionne sa légalité. Or, il existe une autre catégorie de permis, plus facile à obtenir, concernant «les activités communautaires». Les groupes religieux se prémunissent du permis «communautaire», alors qu’en réalité le lieu ne sert que leurs intérêts précis, et non pas ceux de la communauté tout entière.
«Dans les règles de zonage, la différence entre activités religieuses et communautaires est très floue», ajoute M. Dejean. Avec la multiplication des plaintes, pour des questions d’insalubrité, de sécurité ou de bruit, certains arrondissements ont décidé d’agir.
En juin, l’administration du Plateau-Mont-Royal a rendu impossible l’obtention d’un permis communautaire pour certains lieux commerciaux, afin de contrer la hausse des synagogues dites «illégales». En mars, l’arrondissement de Montréal-Nord, où les églises évangéliques pullulent, a carrément créé un nouveau règlement de zonage, séparant clairement «activités communautaires» et «lieu de culte». Tout porte à croire que de telles interventions des administrations locales continueront de voir le jour.
«La pression foncière fait en sorte que la majorité des groupes religieux optent pour des locaux commerciaux souvent délabrés, et se contentent de placarder les vitrines avec des cartons.» -Frédéric Dejean, chercheur à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal
Le hic, c’est que les règles ne sont pas identiques d’un arrondissement à l’autre. «À quelques kilomètres de distance, on observe des variations considérables», observe le chercheur. Selon lui, le fait que certains arrondissements soient plus permissifs pourrait entraîner la migration de certains groupes vers ces secteurs. Il est temps que la Ville et ses arrondissements entament une réflexion commune sur la question, estime M. Dejean.
Conférence
«Les arrondissements montréalais à l’épreuve de la diversité religieuse»
À l’Institut d’urbanisme, 2940, chemin de la Côte Sainte-Catherine, salle 3110, jeudi 7 novembre 2013 à 12 h
Les commentaires ont été désactivés pour cet article



