De nouvelles voix s’élèvent contre le bac obligatoire pour les infirmières
Des syndicats de travailleurs de la santé se sont joints à la Fédération des cégeps afin de dénoncer l’idée d’obliger les nouvelles infirmières à obtenir leur baccalauréat pour pouvoir intégrer le milieu.
Pour Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), l’imposition du bac «fragiliserait le réseau de la santé». «Le projet mené par l’OIIQ est un projet téméraire, a-t-elle déclaré lundi en conférence de presse. Il y a près de 15 000 infirmières qui vont être éligibles à partir à la retraite durant les prochaines années. Les sorties venant des collèges et universités ne suffiront pas [à combler les postes vacants].»
Selon elle, le projet de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) mènerait à une grave pénurie d’infirmières, notamment en éliminant la cohorte de finissantes 2017-2018. La FIQ propose un «modèle intégré», qui encouragerait l’accession au bac, tout en permettant aux finissantes du DEC de pratiquer en tant qu’infirmières à proprement dit.
L’OIIQ, elle, aimerait rehausser dès 2014 le seuil de scolarisation requis, qui est à l’heure actuelle au niveau du diplôme d’études collégiales (DEC). En ce moment, près de 66 % des infirmières en poste ne détiennent pas de baccalauréat. «Le Québec est la dernière province à adopter cette norme d’entrée à la profession. On a un déficit de 2 500 heures de formation par rapport aux autres provinces canadiennes», a déploré hier Lucie Tramblay, présidente de l’Ordre, en entretien téléphonique.
Selon Mme Tremblay, la pénurie n’aurait pas lieu si le plan de l’OIIQ était retenu, puisqu’on permettrait aux étudiantes ayant terminé leurs études collégiales de travailler en tant qu’infirmières internistes. Elles pourraient alors exercer le métier dans certains champs d’activité restreints.
Dans un communiqué envoyé lundi, la Fédération de la santé et des services sociaux se dit elle aussi en faveur du «rehaussement des connaissances» dans la formation des infirmières.
Pourtant, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, n’a toujours pas tranché sur la question, selon son attachée de presse, Ariane Lareau. «Nous attendons la fin des travaux de la commission qui se penche sur ce sujet, et les recommandations qui en ressortiront en septembre. Il y a encore beaucoup de “si” dans ce dossier», a-t-elle dit, lundi.
Sondages contradictoires
- D’après un sondage de la Fédération des cégeps, 73 % des étudiants en soins infirmiers au DEC sont contre l’imposition du baccalauréat.
- Or, selon l’Ordre des Infirmières et Infirmiers, 84 % des infirmières sondées croient que la formule retenue par l’Ordre, soit l’imposition du bac assorti du programme d’internat, est la bonne marche à suivre.