Pourquoi sont-ils si populaires?
En ce lundi de novembre qui s’annonce frisquet et pluvieux, j’aurais pu vous écrire au sujet de la lassitude. La semaine s’entame sur encore d’autres drames dans l’internet et, si j’étais vraiment adulte, je débrancherais tout ça pour me consacrer à la vraie vie et aux vraies causes. Je ferais des bébés et je finirais par comprendre qu’on s’en fait pour rien, qu’à un moment donné, il est bon de cesser de s’indigner.
Plutôt, j’ai envie depuis trois jours de répondre à une question que le rédacteur en chef du Voir pose dans un récent billet au sujet du projet trouble.voir.ca. Pourquoi un gars comme Matthieu Bonin «armé d’un iPhone et dépourvu de moyens professionnels peut attirer l’attention de plus de 80 000 personnes sur Facebook alors que La Presse, qui en rejoint 100 000, vient d’engloutir plus de 40 millions dans La Presse+»? La question semble tellement nounoune que du coup, je me dis que c’est peut-être moi qui passe à côté de quelque chose.
Parce qu’une réponse simple pourrait être que les vidéos de Matthieu Bonin s’appellent «Suce ma marde» et que ça, ça n’a pas besoin d’accéder à des sommets de qualité pour atteindre le point g de son jeune public, plus présent sur les réseaux sociaux que celui de La Presse. Un iPhone fait l’affaire.
Quand les blogueurs sont apparus dans le cyberespace, les grands organes de presse se sont tous demandés à quoi bon embaucher des journalistes, des photographes et des vidéastes, quand une seule et même personne arrivait à faire tout ça avec très peu de moyens? Ils ont alors créé les «mojos», pour «mobile journalists», de jeunes dégourdis que l’on pouvait exploiter sans plus de scrupule. Où sont les mojos aujourd’hui? En train de prouver quelque part que faire du travail de qualité, en bout de ligne, c’est mieux.
Je comprends que l’on s’intéresse à ceux qui arrivent à joindre beaucoup de monde avec peu de moyens. Les étudiants nous ont montré ainsi l’étendu de leur créativité lors d’un certain printemps. Mais je ne comprends pas que l’on s’étonne de voir qu’il est possible, voire facile, d’attirer le plus grand nombre par la médiocrité.
La question que les lecteurs semblent plutôt se poser, c’est «Pourquoi le Voir s’y intéresse?»
J’aurais peut-être dû écrire au sujet de la lassitude finalement.