Un Allemand témoigne de la vie au temps d’Hitler
L’Allemand Günter Gallisch s’est battu avec les forces marines allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale. Habitant à Trois-Rivières depuis plusieurs années, il choisit de raconter dans son livre Ma vie sous le règne d’Hitler, sorti jeudi en librairie, la vie de ses confères allemands lors de cette période de l’histoire. Il s’éloigne des classes politiques pour jeter plutôt la lumière sur son peuple qui, comme il le dit, «est devenu d’un seul coup tout aussi responsable devant l’humanité» des décisions de son gouvernement.
Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre maintenant, tant d’années après la fin du règne d’Hitler?
L’idée d’écrire ce livre m’est venue il y a très longtemps, peu de temps après la guerre. Mais l’occasion m’a toujours manqué. C’est le commentaire de quelqu’un que j’ai croisé récemment qui m’a donné la motivation. Il m’a dit: «Les Allemands n’ont pas le droit de vivre». Seulement en sachant que j’étais Allemand, il s’est senti obligé de me dire ça. Sa connaissance venait seulement des journaux et la télévision. Il n’avait jamais rencontré d’Allemand.
Qu’avez-vous voulu faire connaître sur la vie des Allemands pendant la guerre, dans ce livre?
Les Allemands et jeunes Allemands étaient comme tout le monde. Ils cherchaient à vivre paisiblement, à gagner leur vie et qu’on leur fiche la paix. Mais tout le monde était obligé de se soumettre à la pression du gouvernement. Alors on vivait la peur tous les jours. Il y avait des gens qui cherchaient à vous attraper, ni plus ni moins, quand vous faisiez un faux pas. Il fallait faire attention à qui on parlait et à ce qu’on disait. Quelque fois, on devait même contrôler l’expression de notre visage. Si quelqu’un disait quelque chose de désobligeant envers le gouvernement, il ne fallait pas démontrer qu’on approuvait son propos. Nous n’avions plus confiance en personne.
Vous dites que vous vous considérez comme une victime d’Hitler. Pourquoi?
Je suis une victime parce que l’opinion de tout le monde à cette époque était contre les Allemands. Nous étions tous considérés comme des malfaiteurs. Moi, il m’est souvent arrivé de me faire accoster dans la rue pour me faire dire par des inconnus: «C’est toi qui as tué tant de juifs?» Imaginez-vous que moi, quelqu’un qui ne cherche qu’à avoir la paix, on me jette ça au visage! C’est surprenant. Presque tous les Allemands, qui étaient en contact avec des étrangers après la guerre, vivaient cela. Je veux supprimer cette mentalité, parce que je ne peux pas m’imaginer qu’un peuple entier a fait autant de dégâts qu’on lui en a mis sur le dos.
Comment les Allemands ont-ils vécu la prise de pouvoir d’Hitler?
Au début, personne ne croyait vraiment qu’Hitler était sérieux. Près d’une quinzaine de gouvernements se sont succédés avant lui. Tous les politiciens à cette époque étaient comme ceux d’aujourd’hui: ils promettent tout et ne tiennent rien. Alors personne n’a pris au sérieux ce monsieur Hitler quand il a été élu chancelier.
Que voulez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre?
Tout le monde peut vivre en paix, à condition que chacun y mette du sien. On ne devrait faire aucune différence entre la religion, l’origine ou la couleur. J’ai participé à la guerre, mais j’ai trouvé ça idiot de se battre avec des gens qu’on ne connaît pas et qui n’ont même pas envie de vous faire du mal, et vice-versa.

Ma vie sous le règne d’Hitler: Un Allemand témoigne
Les Éditions JCL