Se protéger de qui?
La deuxième bataille des plaines d’Abraham étant chose du passée, l’heure est au bilan. Pour une deuxième fois en autant de rencontres, les Français ont dû capituler devant l’Anglais, sauf que cette fois-là, c’est au charme du visiteur que tout le monde a succombé. C’est moins dur à prendre, n’est-ce pas?
Sir Paul a fait montre d’une élégance digne de son rang. Répondant aux demandes de l’organisation ainsi que de certaines «élites» québécoises, il a bien appris ses leçons de français, et le quota de politesse qu’on avait exigé de lui a été allègrement surpassé. Rien de surprenant : on ne lui aurait rien demandé qu’il se serait exécuté quand même, j’en suis certain. Je l’avais vu au Forum de Montréal en 1989, et il nous avait abreuvés de «Bonsoir, Montrrrréal» et de «Comment allez-vous?» sans qu’on vienne le prendre à parti avec notre éternel débat linguistique.
Mais après cette tempête déclenchée par une espèce d’artiste de Québec tout aussi méconnu qu’insignifiant aux allures de barde sorti tout droit d’une aventure d’Astérix, une interrogation subsiste : pourquoi donc avoir tant insisté pour entendre McCartney parler en français sur les plaines d’Abraham l’autre soir? Parce qu’on avait peur que tout le monde s’anglicise d’un coup? Parce qu’on croit que c’est correct d’inviter quelqu’un d’ailleurs pour ensuite lui imposer une langue d’usage qui n’est pas la sienne? Parce qu’on avait oublié que la plupart des quelque 200 000 spectateurs présents maîtrisaient suffisamment l’anglais pour comprendre ce qui se passait? Une langue dont ils avaient probablement appris les bases en écoutant
justement les chansons des Beatles? Aucune idée…
Ce que je sais, c’est qu’ici, pour protéger la langue française, on doit imposer des mesures protectionnistes. Ces mesures sont essentielles, et on ne doit jamais s’y opposer, car le combat de la langue ne sera jamais gagné. La seule nuance qu’il faut apporter, c’est que ces mesures existent pour nous protéger de nous-mêmes. Pour nous empêcher de succomber à la tentation de ne recourir qu’à la langue parlée par les centaines de millions d’anglophones nord-américains qui nous encerclent.
Quand on aura appris à se respecter soi-même, on ne sera plus obligé d’exiger le respect des autres. Il ira de soit. Tout naturellement.