Toujours sans nouvelles de l’enseignante montréalaise emprisonnée en Iran depuis le 6 juin
Amnistie internationale (AI) s’inquiète de ne pas avoir obtenu de nouvelles sur l’état de santé ou sur la situation légale de l’enseignante montréalaise Homa Hoodfar depuis qu’elle a été écrouée en Iran le 6 juin.
«Depuis l’emprisonnement de Mme Hoodfar, lundi dernier, [Amanda Ghahremani, la nièce de Mme Hoodfar,] n’a vraiment eu aucune nouvelle de sa tante, alors qu’elle était en contact auparavant et qu’elle était au fait que certaines séances d’interrogatoire avaient eu lieu ces trois derniers mois [depuis sa première arrestation]», avance Charles Perroud, coordonnateur national pour l’Iran chez AI.
Selon M. Perroud, il y a matière à s’inquiéter pour l’état de santé de l’enseignante, puisqu’elle doit régulièrement prendre des médicaments pour un problème neurologique. Il est impossible de savoir si elle reçoit ses traitements.
Des représentants des affaires consulaires du gouvernement fédéral ont affirmé à M. Perroud que la priorité serait de s’assurer qu’elle reçoive ses médicaments, précise-t-il. L’attachée de presse du ministre fédéral des Affaires étrangères, Stéphane Dion, n’a pas répondu au courriel de Métro, hier.
La situation est compliquée par le fait que le Canada a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran en 2012, affirme M. Perroud. Les échanges entre les gouvernements canadien et iranien doivent transiger depuis par les ambassades italienne et omanaise, respectivement.
L’Association des professeurs de l’Université Concordia (APUC) lançait d’ailleurs hier un appel pour que le gouvernement agisse «promptement et de manière concertée» pour que l’enseignante à la retraite de l’université soit libérée. L’APUC a fait paraître une publicité pleine page à cet effet dans le quotidien montréalais Le Devoir mercredi matin.
«Nous sommes très sensibles à ça. Ça pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. C’est une attaque directe sur la liberté académique.» – Ted Stathopoulos, président de l’Association des professeurs de l’Université Concordia
«Nous essayons de sensibiliser les gens et de mettre de la pression sur Affaires mondiales Canada pour qu’ils intensifient leurs actions pour faire libérer Mme Hoodfar», a affirmé le président de l’APUC, Ted Stathopoulos.
Pour le moment, impossible de connaître les accusations qui pèsent contre la professeure incarcérée. M. Stathopoulos suspecte qu’il y a un lien avec le champ d’études de Mme Hoodfar, qui s’intéresse entre autres à la situation des femmes en Iran.
«Lors d’interrogatoires, on lui a posé beaucoup de questions. Évidemment, ses études anthropologiques, qui portent beaucoup sur les questions du féminisme», renchérit M. Perroud.
Mme Hoodfar se retrouvait d’ailleurs dans ce pays depuis février pour visiter sa famille et pour mener des recherches. Elle a été arrêtée pour la première fois en mars. On lui a alors confisqué son passeport et son ordinateur.
M. Perroud fait remarque que la prison d’Evin, où est détenue Mme Hoodfar abrite souvent des prisonniers politiques et d’opinion. C’est dans cette prison que la photographe canadienne Zahra Kazemi est décédée après avoir été torturée en 2003.
«Même si on ne connaît pas les accusations à son endroit, on considère déjà Mme Hoodfor comme une prisonnière d’opinion», a-t-il déclaré.