Culture
22:59 29 octobre 2017 | mise à jour le: 30 octobre 2017 à 11:07 Temps de lecture: 5 minutes

Peggy Ann Turner: Couleurs en marche

Peggy Ann Turner: Couleurs en marche
Photo: Josie Desmarais/Métro

«Tout ce que je fais est une expression artistique de moi», affirme Peggy Ann Turner. La dernière de ses expressions? Sa série de 16 tableaux regroupés sous le nom de Portuguese Pavements + Other Perspectives. Perspective particulière.

La première fois qu’elle s’est retrouvée dans le studio qu’elle venait de louer au bord du canal de Lachine, Peggy Ann Turner a eu un moment de vertige. «Et maintenant, je fais quoi?»

La réflexion n’aura duré que quelques secondes. Comme «poussée par une force, quelque chose de magique», elle s’est mise à créer presque instantanément.

C’était il y a presque une décennie. Depuis lors, celle qui est également architecte et designer d’intérieur – avec son mari, Glenn, elle a fondé en 1986 le cabinet Peterson Architects – n’a pas cessé d’exprimer ses émotions en tableaux faits de contrastes et de couleurs éclatantes. De pétillantes manifestations de son énergie dans lesquelles se reflète sa passion pour la danse.

Et pour les voyages. C’est d’ailleurs à partir d’un de ces périples que l’artiste montréalaise a créé la série Colours of Cancun, illustrant notamment la fête nationale du Mexique dans un tableau nommé Cinco de Mayo.

Puis, un séjour dans la capitale cubaine lui a inspiré ses Postcards from Havana, une collection dans laquelle elle a revisité en collage et en peinture des symboles emblématiques: la plage, le Malecón, une vieille Buick 1955…

Son dernier voyage au Portugal, en décembre dernier, a quant à lui servi de matière aux 16 œuvres qu’elle expose désormais. Et, plus précisément, les innombrables balades qu’elle y a effectuées en compagnie de son amoureux. «Ces tableaux sont les expressions émotionnelles de chacune de ces promenades», dit-elle avant de citer l’écrivain de science-fiction américain William Gibson. «We see in order to move; we move in order to see

«Il arrive que nous restions immobiles et que ce soit notre regard qui bouge afin de capter le paysage, poursuit-elle à ce sujet. Mais c’est également en bougeant, en marchant, que nous captons différentes choses. Les couleurs, les textures, les détails… Ces divers morceaux s’assemblent pour former un tout que notre mémoire garde en souvenir.»

«Nous ne voyons jamais le même endroit de la même façon. Tout dépend du moment de la journée, des personnes qui nous entourent, des sons qui nous assaillent, des conversations que nous entendons au détour.» – Peggy Ann Turner

Tout est une question d’ambiance, d’environnement, d’atmosphère, d’émotions, pense celle qui dit qu’être artiste «est un mode de vie». «C’est qui je suis, comment je réfléchis, comment j’existe, comment je cuisine, comment je parle aux autres, comment je les traite, comment je les inclus dans mon quotidien. Tout! Tout le temps.»

À propos de tout, Peggy Ann remarque que son travail, c’est la somme de toutes ses expériences, de toutes les rencontres qu’elle fait, de toute la danse qu’elle pratique.

C’est du reste pour cela, affirme-t-elle, qu’elle privilégie l’art du collage, qu’elle enseigne également dans des ateliers. Car il s’agit d’une superposition d’influences, de découvertes, de souvenirs. Et d’inconnu, qui entraîne une prise constante de décisions. «Si je place ceci ici, est-ce que ce sera mieux que là? Si la réponse est oui, je procède, sinon je prends un autre chemin. C’est comme dans la vie, non? demande la créatrice verbomotrice. Ce que nous préparerons pour le souper, avec qui nous passerons la soirée, avec qui nous passerons notre vie, en fait. C’est choix après choix.»

À propos de choix, l’artiste qui a suivi des cours «incroyablement formateurs» dans la boutique du Mile End «Au papier japonais» a fait celui d’accompagner chacune de ses œuvres d’un haïku. «Pour ajouter une couche», dit-elle. «J’adore cette forme, car c’est minimaliste. Il faut choisir ses mots très prudemment. Mais il y a un côté ouvert à l’interprétation.»

«Je considère que c’est un véritable privilège de pouvoir exposer mon art, de le partager avec autrui. C’est l’aboutissement de tant d’expériences, de tant de travail. Parfois, on me demande combien de temps ça m’a pris pour faire une œuvre donnée. Je réponds toujours : “Toute ma vie.”» – Peggy Ann Turner

Comme ses tableaux s’ouvrent à celui qui les regarde. «Avec le temps, ils révèlent leurs petits secrets.» Ceux de la personne qui leur a donné vie aussi. «Quand on crée, notre personnalité ressort amplifiée. C’est extrêmement révélateur.»

Infos
Portuguese Pavements 
+ Other Perspectives
Au MAA (2070, rue Peel)
Jusqu’à lundi soir
Pour voir le travail de l’artiste : peggyannturner.ca

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