Culture

Camion : À la croisée des chemins

Photo: K-Films Amérique

Dans Camion, de Rafaël Ouellet, Julien Poulin endosse le rôle d’un père laconique mais aimant. Entretien.

Parfois, la vie est bien faite. Rafaël Ouellet avait pensé à Julien Poulin en écrivant le scénario de Camion. Et Julien Poulin est tout de suite tombé sous le charme du récit. «Je me sentais près de ce qui était proposé, du sujet, de la façon dont chaque mot avait sa juste place, observe l’acteur. Ce n’est pas un film verbal; ce sont les images qui parlent. Et ça, pour moi, c’est la marque d’un bon cinéaste.»

Dans le drame du jeune réalisateur, Julien Poulin incarne un camionneur forestier qui, après être entré en collision frontale avec une automobiliste, se trouve complètement dérouté. Sentant des failles immenses craquer en lui, l’homme habituellement solide comme le roc appelle ses deux grands garçons à l’aide. En tentant bien sûr de camoufler sa grande fragilité et sa peine inconsolable.

Ce qui touche dans le personnage de cet homme de très peu de mots, c’est surtout sa grande fierté. «La fierté, oui! approuve Julien Poulin. Parce que c’est de
cela dont il est question dans ce film. De la fierté de ces hommes et de ces femmes qui viennent d’une époque qu’on n’a pas beaucoup fouillée, qu’on n’a pas beaucoup questionnée. De la fierté de ces hommes et de ces femmes dignes qui n’ont pas tendu la main, mais qui ont travaillé de leurs mains…»

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Visiblement très ému par ce rôle et par le propos exploré par Ouellet, le vénérable acteur affirme que, pour ce projet, il lui fallait «construire une juste portée et jouer les bonnes notes au bon moment». Il rit d’ailleurs en entendant que le cinéaste l’a qualifié de «celui qui questionne sur le plateau». «C’est vrai que je suis questionneux», concède-t-il avant d’ajouter : «Vous savez, un acteur, c’est de la glaise. Et la glaise, ça doit être travaillé. Plus elle est souple, plus elle va répondre, plus elle va avoir des empreintes. Cette fois-ci, la glaise a eu des empreintes de Rafael!»

Certes, dans ce film teinté d’une nostalgie lumineuse, Poulin parle peu, mais il rayonne de sa présence. Et quand son personnage parle, on sent tout l’amour qu’il a pour ses deux fils. «Souvent, les gens ne disent pas à quel point ils peuvent nous aimer ou nous apprécier. Mais il faut que ce soit dit à un moment donné! Comme le mot ‘‘papa’’. Ce n’est pas parce que tu as 20 ou 30 ans que tu dois arrêter de dire ‘‘papa’’, se désole-t-il. Je ne sais pas si c’est une tendance de votre génération, de ne pas employer ce terme passé l’adolescence…»

Une autre chose que le film nous apprend, c’est qu’il n’y a pas d’âge pour changer de vie et tout recommencer. «Personne ne nous a dit que la vie était facile, commente Poulin. Il faut juste essayer d’être heureux de ses choix et les assumer. Le reste… qu’est-ce que tu veux… Moi, je sais ce que mon travail m’a coûté. ‘‘Insécurité’’ a été un terme récurrent durant ma carrière. Là, j’arrive à la fin de mon parcours et je me dis, c’est vrai que, des fois, on veut faire quelque chose et que ça ne se passe pas comme on veut. Moi, au moins, j’ai réussi à faire ce que je voulais vraiment.»

Pour voir la bande-annonce de Camion
En salle dès vendredi

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