Culture

Le destin d'un acteur

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Trois ans après l’avoir quitté, Emmanuel Bilodeau reprend le rôle le plus difficile de sa carrière, celui de René Lévesque.

Après avoir redonné vie à l’un des hommes les plus marquants du Québec dans René, il fera revivre les années les plus intenses de la carrière de l’homme politique dans René, le destin de chef. Une série qui a changé le destin de l’acteur; un rôle dans une classe à part.

«C’est un rôle différent sur tous les plans, pas seulement parce que c’est un être que   j’admirais profondément, un homme politique qui a changé l’histoire du Québec et qui a donné beaucoup de fierté aux Québécois, mais aussi parce que c’était une grosse responsabilité. C’est le plus gros tournage que j’aie jamais fait, en français et en anglais, précise le comédien. C’était très exigeant.»

De fait, à cause du tournage dans les deux langues, Emmanuel Bilodeau s’est retrouvé avec d’innombrables pages de texte à apprendre. De plus, dans cette deuxième série, on retrouve René Lévesque de 1976 à 1985. Il a donc vieilli, et son interprète a dû passer plusieurs heures au maquillage et à la coiffure chaque jour. «Ce n’était pas évident de vieillir ce personnage. Il ne fallait pas aller trop loin dans la ressemblance, car ça pouvait tourner facilement à la caricature, affirme-t-il. René Lévesque a tellement été imité que si on lui ressemble trop, on a l’impression de faire un Bye Bye. Mais si on ne lui ressemble pas assez, les gens critiquent. Il ne s’agissait pas de l’imiter, il s’agissait juste de faire un René Lévesque très personnel et plus vieux que dans la première série.»  

Il y a donc un peu d’Emmanuel Bilodeau dans ce personnage plus grand que nature et charismatique. «Je pouvais juste essayer de m’approprier le personnage, note-t-il. Il fallait que je fasse un savant mélange de la voix que j’ai, des émotions que j’ai, et ce que lui avait vécu. René Levesque n’aurait sûrement pas dit  tout ce qu’on voit dans la série, mais peu importe, on raconte son histoire à travers quelqu’un d’autre. Il faut présumer que ce n’est pas lui, que c’est quelqu’un qui doit se l’approprier complètement. C’est un mélange d’instinct, d’intuition, d’informations intellectuelles et cérébrales.»

Travail d’acteur
Malgré ce désir de s’approprier le personnage, l’acteur a tout même fait un travail de recherche. Il a étudié l’homme sous toutes ses coutures en regardant moult documentaires pour transmettre certains de ses tics et de ses mimiques. Il a aussi rencontré des gens qui ont connu celui a été premier ministre du Québec de 1976 à 1985.

«Quand j’ai su que j’avais le rôle, j’ai rencontré sa deuxième femme, Corinne Côté, Gratia O’Leary, qui a été son attachée de presse pendant quelques années, Alice, sa sÅ“ur, et son beau-frère, explique celui qui était en nomination à la soirée des Jutra dans la catégorie Meilleur acteur de soutien pour le film Bluff. Par hasard, je connaissais très bien un des neveux de René Lévesque, qui lui ressemble beaucoup. C’est le chum de ma sÅ“ur. J’avais donc une approche de l’intérieur.»

Malgré cette connaissance du personnage, Emmanuel Bilodeau a tout de même eu à revivre à sa manière certains moments marquants vécus par René Lévesque et qui ont transformé l’homme qu’il était.

«Il a traversé une période de dépression. Il y a eu la période postréférendum qui l’a affecté beaucoup, la nuit des longs couteaux aussi. C’était des journées de tournage plus éprouvantes émotivement. Avec le réalisateur Pierre Houle, qui était pas mal axé sur l’émotion, il n’y avait pas moyen de se reposer durant ce tournage-là!» s’exclame-t-il.

Après avoir relevé ce défi d’acteur incroyable, Emmanuel Bilodeau qui a commencé sa carrière comme journaliste, comme René Lévesque, a dû dire au revoir à ce personnage qui l’a marqué profondément. Un deuil qui a commencé dès la mort de Lévesque, mort le 1er novembre 1987.

«Cet homme, je l’aimais beaucoup. Quand il est mort, ç’a été comme si un proche parent mourait. Il revit un peu à travers cette série. J’espère avoir servi le mieux possible ce personnage et lui avoir rendu hommage sans complaisance, confie le comédien. J’aimerais aussi que ça donne le goût à des jeunes de faire de la politique, avec ses convictions, avec ce sens de l’intégrité, et de la démocratie.»

René, le destin d’un chef
À Radio-Canada
Dès mardi à 20 h

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