Culture

«Ses faiblesses rendent le dieu Maradona plus humain»

Renaud Ceccotti, Métro France

La couverture complète du Festival de Cannes: www.journalmetro.com/cannes

Emir Kusturica a présenté au Festival de Cannes son film Maradona par Kusturica.

Quand est-ce qu’est né dans votre esprit l’envie de faire ce film?
D’abord, je dois vous dire que j’ai longtemps cru que ce film ne verrait jamais le jour. Je me suis posé beaucoup de questions quand j’ai rencontré Maradona pour la première fois, je me demandais si on allait pouvoir travailler ensemble, faire un film…

Qu’est-ce qui vous a fait penser ça?
Déjà, il était dans une période très difficile de sa vie. C’est un homme très sensible, mais c’est aussi quelqu’un de très nerveux. Il a pris beaucoup de drogues, et je ne pensais pas qu’il serait capable de raconter toute son histoire, même dans ses aspects les plus noirs. On y est donc allé pas à pas, ça m’a pris deux ans et demi pour faire ce film. Mais même durant cette période, la structure n’était pas définie.

Pourquoi?
Je voulais faire un film sur ce footballeur et, d’habitude, les footballeurs n’ont pas nécessairement cette richesse qu’a Maradona, sur le plan personnel, intellectuel…

C’est une personne très complexe?
Je ne m’attendais à trouver face à moi un homme avec une vision politique aussi forte. On est un peu pareil sur ce point, on cherche tous les deux à décoder le système politique qui nous entoure. On se pose des questions sur le pourquoi de l’Alena (Association de libre-échange de l’Atlantique Nord, ndlr), sur la politique de George Bush, on s’intéresse aux leaders sud-américains comme Chavez… Mais nous ne sommes membres d’aucun parti et nos différences ne sont pas cruciales.

Vous avez découvert cela en tournant ou avant?
J’avais le sentiment qu’il était comme cela car j’avais fait deux concerts en Argentine et je l’avais vu à la télé. Un coup il apparaissait comme un "animateur spaghetti", une autre fois comme un petit politicien et la troisième fois comme un Falstaff, un amuseur… et hier j’ai bien vu pendant la projection que des femmes, qui ne s’intéressaient pas du tout au football, étaient subjuguées par lui, sûrement car son personnage a un côté envoutant.

Qu’est ce que vous admirez le plus chez lui?
C’est son aura. Il est capable, même quand il est au plus mal, de gagner encore en popularité. C’est un peu comme Elvis Presley, quand il est détruit psychologiquement, il reste au plus haut dans l’esprit des gens. C’est peut être ce coté survivant. Ses faiblesses rendent le dieu Maradona plus humain.

Vous vous considérez comme le Maradona du cinéma?
Ce n’est pas moi qui le dit dans le film, c’est l’animateur de l’émission de télévision à laquelle je participais qui le dit. Comment pourrais-je avoir la prétention de me comparer au Dieu du football? Ce n’est pas ce que je pense. Après, chacun est libre de penser ce qu’il veut, et c’est pour cela que le film commence comme ça… 

Articles récents du même sujet