Culture
22:39 3 mai 2018 | mise à jour le: 4 mai 2018 à 00:37 Temps de lecture: 3 minutes

Après la guerre: Les années difficiles

Après la guerre: Les années difficiles
Photo: K-Films Amérique

Les blessures d’hier sont encore vives dans Après la guerre, le fulgurant premier long métrage de fiction de la cinéaste Annarita Zambrano.

En 1985, la France décide de ne pas extrader d’anciens terroristes italiens réfugiés sur son territoire, à condition qu’ils changent de vie et abandonnent la lutte armée. En 2002, elle fait marche arrière. Une chasse à l’homme est alors lancée pour arrêter Marco, suspecté d’avoir commis un attentat meurtrier au royaume de Fellini.

Le film Après la guerre multiplie les allers-retours entre les deux pays en offrant des points de vue différents, mais complémentaires, une nécessité selon la réalisatrice, qui est née et a vécu en Italie, mais habite maintenant en France. «Je pense qu’avoir une double vision d’une histoire est toujours une richesse, rappelle-t-elle lors de son passage à Mont­réal. On pense connaître des choses, on grandit en pensant savoir, et tout d’un coup, on découvre qu’il y a un autre côté à la médaille.»

Cette saga familiale qui baigne dans la tragédie tire profit d’une mise en scène sobre et épurée, où les cadrages fixes isolent les âmes dans leur solitude. L’ombre de l’antihéros – qui représente le patriarcat en place – est de chaque plan, et celui-ci éclabousse les êtres de ses gestes, passés ou présents. C’est la nature et la fragilité humaines dans toute leur complexité. Un sentiment de culpabilité pousse les individus à se dérober, pour survivre ou demeurer fidèle à leurs idées.

«Ce film pouvait se faire sur la guerre d’Algérie, sur le nazisme, sur le fascisme. Chaque pays a sa bête noire. C’est la blessure d’un pays qui n’a pas le courage de se regarder dans les yeux.» – Annarita Zambrano, réalisatrice et scénariste d’Après la guerre

Une blessure privée qui s’avère évidemment publique, symbolisant celle de la nation tout entière. Des plaies qu’on feint avoir guéries, laissées derrière, et qui reviennent hanter régulièrement. «On passe d’écorché vivant à écorché sous la peau et on reconstruit la peau avec une blessure qui est encore interne», note celle qui a été bercée par les classiques de Visconti et de Scorsese.

La terre tremble
Présenté à Cannes en 2017, Après la guerre s’interroge sur la notion d’identité, celle qui laisse des marques et se transmet de génération en génération. Impossible alors de ne pas parler d’actualité avec sa réalisatrice, surtout que le long métrage renoue avec la tradition du cinéma politique italien, celui de Francesco Rosi et d’Elio Petri.

«En Italie, il y a l’extrême droite qui arrive, note Annarita Zambrano. Pourquoi? Parce qu’on n’a jamais fait un deuil réel du fascisme. Petit à petit, l’arbre profondément xénophobe et raciste ressort. Il était là en nous… 50 ans plus tard, on est encore dans la même situation. Comme dans mon film, on a vécu dans le silence, on a continué à perpétrer le mensonge et aujourd’hui, on est là et on ne comprend pas.»

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