Culture

Coldplay, loin des conventions

Bruno Martins, Métro Portugal

Le nouvel album de Coldplay, Viva la Vida or Death and All His Friends, était attendu. L’opus arrive dans les bacs mardi et, pour l’occasion, Métro a rencontré le bassiste Guy Berryman à Londres.

L’époque où Coldplay faisait presque uniquement des ballades au piano sur la voix de fausset de Chris Martin est révolue. Le groupe est plus mûr et plus expérimental, sans toutefois utiliser «des sons étranges», explique Guy Berryman.

Les premières pistes qu’on a pu entendre démontrent une réalisation réglée au quart de tour par le  producteur Brian Eno (U2, David Bowie). Markus Dravs, qui a collaboré avec Arcade Fire, a aussi participé au CD.

«Dès le départ, nous voulions faire quelque chose qui serait à l’opposé des nos autres disques, avance Guy Berryman. Pour ce faire, nous devions laisser derrière nous toutes nos idées préconçues à propos de la musique.»

Le groupe avoue que ses trois premiers efforts (Parachutes, A Rush of Blood to the Head et X&Y) formaient un tout, une sorte de trilogie qui était maintenant chose du passé. «Brian Eno nous a fait sortir de notre zone de confort. Il nous a suggéré de changer d’instrument. Si je m’assois à la batterie, j’aurai une vision différente de celle de Will [Champion, le batteur de la formation], concède Berryman. En travaillant à une nouvelle pièce, ça devient très facile d’imiter ce qu’on a déjà fait. Notre cerveau prend cette avenue naturellement.»

Le band – dont font aussi partie le leader Chris Martin et le guitariste Johnny Buckland – a commencé à préparer et fermenter Viva la Vida dans… une boulangerie du nord de Londres! L’endroit est deve­nu le premier studio personnel du groupe. «Nous n’avions plus à nous soucier du temps passé au studio et de la facture qui grimpait. Nous pouvions prendre le temps d’essayer des choses et d’amener les pièces plus loin.»

Full expérimental
Coldplay voulait explorer un côté plus expérimental sur son nouvel album. Voilà sûrement pourquoi le groupe a choisi de ne pas retenir les services du prolifique producteur Timbaland. «Il n’aurait pas pu entrer dans notre univers puisqu’il a son style à lui», explique le bassiste.

Brian Eno et Markus Dravs avaient ce qu’il faut pour collaborer avec Coldplay. L’admiration de Berryman pour Eno est d’ailleurs immense.

«Il connaît parfaitement la musique, relate-t-il. Il ne s’intéresse pas à l’aspect technique; il ne participe pas aux derniers fignolages. Il veut simplement être du concept initial, bâtir un projet.» C’est pourquoi la présence de Markus Dravs était capitale. «Brian avait les idées, et Markus était l’ingénieur, le technicien. Il rend les idées tangibles.»

Viva la Vida fait appel à des sons inexplorés par Coldplay auparavant. Le band avait promis un album coloré et il livre la marchandise. «Nous avons beaucoup travaillé les rythmes et les mélodies», explique Berryman. Le groupe a été fortement inspiré par un voyage en Amérique du Sud «où tout est très coloré,
chaleureux et vivant».

«Une des dernières choses que l’on enregistre sur un album, ce sont les percussions. Dans un groupe rock, il est commun de prendre le tambourin et de l’agiter devant le micro. Nous nous sommes dit: « Faisons autre chose, avec des castagnettes ou quelque chose d’africain ou d’arabe. » Nous sommes sortis des conventions rock.»

Le nouvel album a quand même quelques ressemblances avec ses prédécesseurs. «C’est plus facile de flirter avec l’expérimentation quand on a des balises que le public apprécie», avoue le bassiste.

Selon lui, la pièce Cold Lovers in Japan est celle qui se rapproche le plus de ce que le band a fait dans le passé. «Peut-être que nous avons a eu peur de faire un album différent à 100 %. Il devait avoir une certaine base mélodique. Nous ne pouvons renier ça.»  

Pour ce qui est de la réaction des fans, Berryman préfère patienter. «Certains vont aimer, d’autres vont détester. Ceux qui n’aimaient pas Coldplay vont maintenant l’apprécier, pense-t-il. Le CD va changer les perceptions. Et ceux qui n’aiment pas Viva la Vida, pourront toujours réécouter nos vieux albums. Ils n’ont pas disparu!»

«Nous avons ressenti beaucoup de pression avec X&Y»
Viva la Vida or Death and All His Friends arrive à un moment spécial. Cette année marque le 10e anniversaire du groupe Coldplay.mais le band ne voit pas l’album comme un virage à 180o.

«Nous avons ressenti une pression énorme avec l’album précédent, et le public nous poussait à être sans faille», avance Guy Berryman. La réalité est la suivante : Coldplay est plus mûr et voit son album comme un prétexte pour explorer plusieurs styles musicaux. «Nous voulions faire quelque chose pour nous», avoue Berryman.

Viva la Vida
, même s’il est très coloré dans les mélodies, aborde des sujets lourds comme la mort. «Les thèmes de l’album représentent le combat d’un être humain qui vit, respire et meurt. Il s’interroge sur l’inconfort de vivre dans une société autoritaire. Nous ne voulons pas être des pasteurs.»

Le titre de l’album apporte un message d’espoir… «mais il était trop fort, alors nous avons ajouté Death and All His Friends, explique Berryman en riant. Nous allons tous mourir un jour, et je crois qu’avec l’âge, ça nous fait de moins en moins peur. Nous ne sommes plus un jeune band et nous en sommes très conscients.»

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