Culture

Nothing Really Matters, par les chemins les moins empruntés

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Sans l’aide d’institutions gouvernementales ou de distributeurs, Jean-Marc Piché a mené son projet cinématographique à terme. En hypothéquant sa maison et avec l’argent qu’il avait accumulé depuis 20 ans comme réalisateur de pub – il se plaît à dire, que sans le savoir, Coca-Cola a supporté le film – il a mis en images le scénario qu’il avait écrit en 1999 avec sa femme, Catlin Slothers. Son long métrage Nothing Really Matters se retrouve maintenant au FFM en première mondiale.

Sans avoir d’attentes, il a envoyé l’histoire de Léo – un homme de 37 ans qui, n’étant pas pas sorti de chez lui depuis deux ans, est au bord du suicide après avoir avoué un lourd secret à la femme qu’il l’aime – à Pascale Bussières pour qu’elle campe le rôle de Carly, la copine de Léo. À son grand étonnement, l’actrice québécoise a accepté le rôle, cette dernière se disant surprise par la forme différente du film.

«C’est rare qu’on ait des scénarios avec autant de dialogues, partage la comédienne. Il y a avait une approche un peu théâtrale, mais tout de même très cinématographique dans le traitement du film. La proposition du personnage enfermé à cause d’une raison mystérieuse, qui a une connaissance un peu livresque de l’existence et qui n’est en contact qu’avec les gens qui viennent vers lui, était philosophiquement très intéressante. Il y a aussi le personnage de Carly qui m’a touchée parce qu’elle décide de rester dans ce délire. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de l’ordre de la tragédie dans le scénario.»

Huis clos
Pascales Bussières, tout comme Yannick Bisson, Gord Downie et Kenneth Welsh se sont donc joints au projet du cinéaste québécois, tourné en 14 jours et 2 heures 30 exactement, en anglais, principalement à Toronto, à New York et à Paris.

«C’était de très longues journées de tournage, mais comme c’est un huis clos dans un appartement, avec peu de personnages, c’était assez simple à tourner, décrit Pascale Bussières. C’était costaud surtout pour Yannick Bisson (Léo), qui avait des tartines de texte. Pour lui, c’était comme rentrer au théâtre tous les jours.»

Les deux acteurs ont d’ailleurs beaucoup inspiré le néo-Torontois Jean-Marc Piché, qui n’a pas hésité à changer les dialogues écrits quelques années plus tôt.

«En travaillant avec les acteurs, les textes ont beaucoup évolué, assure le cinéaste. Il y a même des nouvelles scènes que j’ai écrites sur le plateau et qu’on a ajoutées au tournage.»

La partie la plus difficile pour Pascale Bussières n’a donc pas été le tournage, mais plutôt sa préparation. Car, même si l’actrice a déjà participé à plusieurs productions anglophones, c’est un nouveau défi à chaque fois.

«C’est toujours difficile, confie-t-elle. Surtout quand je reçois le texte; et dans ce cas-ci, il y a en avait pas mal. Je m’y suis prise de bonne heure pour apprendre mon texte et pour qu’il me rentre dans le corps. Généra­le­ment, je prends un coach, mais dans ce cas-ci, j’ai senti qu’il y avait quelque chose de plus organique. Peut-être que je me suis fait plus confiance.»

Trouver preneur

Si avant de faire partie de la programmation du FFM, Nothing Really Matters n’avait pu se trouver de distributeur, la réalité est tout autre aujourd’hui.

«Aussitôt que le film a été accepté au FFM, des distributeurs ont été intéressés, affirme Jean-Marc Piché. C’est frustrant, parce que ça veut dire que les gens ont besoin de l’avis de quelqu’un pour apprécier le film. Mais peu importe, je travaille présentement sur un autre projet, et celui-là je ne le finance pas!»

Nothing Really Matters
Au cinéma du Quartier Latin
Samedi à 21 h 40
Dimanche à 17 h
Mardi à 12 h 20

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