Culture

Ce qu'il reste de nous… Tout ça à cause d'une balle de ping-pong

Le cours de la vie peut parfois changer à cause d’une simple balle de ping-pong. C’est ce qui est arrivé à François Prévost, coréalisateur du film Ce qu’il reste de nous, qui est sorti ce mardi en DVD. Quatre ans après l’immense succès qu’a connu en salle ce documentaire sur les Tibétains, Métro a rencontré l’homme à l’origine du projet.

Flashback. 1994. François termine son dernier stage de médecine à Chicou-timi. «La piscine de l’université est fermée, mais pas la salle de ping-pong», se rappelle-t-il. En allant récupérer une balle égarée, il tombe nez à nez avec une affiche qui va changer sa vie : Radio-Canada recherche des candidats pour La Course destination monde. Il n’a jamais touché à une caméra vidéo, mais il se lance.

Là, tout s’accélère : il est sélectionné, parcourt 25 pays caméra à la main et gagne le premier prix : six mois de stage à la SRC. «Lors de mon périple, j’avais découvert un peu par hasard le Tibet. L’envie m’est venue d’y retourner. C’était facile d’y entrer comme je n’étais pas journaliste.»

Huit voyages à haut risque

Avec le réalisateur Hugo Latu-lippe (Bacon, le film), il se lance alors dans une aventure qui durera huit ans. Après leur premier voyage, les deux réalisateurs rencontrent Kalsang Dolma, une jeune réfugiée tibétaine qui deviendra la muse du film. C’est elle qui, à partir du sixième des huit voyages, se met à transporter clandestinement un minilecteur DVD avec un message du dalaï-lama.

L’entreprise est risquée, mais la fine équipe arrive à convaincre une centaine de personnes de parler devant la caméra de leur situation, après qu’ils aient visionné le message de leur chef spirituel. Le résultat final donne un film très touchant.

Le film fait aussi beaucoup parler de lui à cause des fouilles à l’entrée des salles de cinéma. Interdiction d’entrer avec un appareil photo ou une caméra. «C’était un choix de réalisateurs. Ce ne sont pas les Tibétains qui nous l’avaient demandé, mais on était inquiets des représailles qu’ils risquaient. En accord avec la diaspora, on a décidé de mettre en place ces mesures», explique François Prévost.

Tiraillements

Après, tout s’emballe. «Ni l’ONF [qui coproduit] ni nous ne nous attendions à un tel succès au Québec et dans les festivals. Il y avait aussi beaucoup d’émotivité à cause des risques pour les Tibétains. Ça a été une grosse vague qui a nécessité des réajustements et énormément de négociations avec l’ONF», explique diplomatiquement François Prévost.

Malgré tout, le film a pu être présenté à l’étranger, mais essentiellement lors de projections privées. «On est allés le présenter dans différents parlements en France, en Grande-Bretagne et même à Taiwan», explique le jeune médecin qui travaille désormais au Nunavik et songe à faire un film sur la santé des habitants de ce territoire.

Aujourd’hui, alors que les Jeux olympiques approchent à grands pas, il croit que c’est le meilleur moment pour montrer le film sans restrictions. «On ne peut pas prévoir quelle sera la nature de la répression, mais on a un devoir auprès des Tibétains qui nous avaient dit : « On a pris le risque de vous parler, alors on veut que notre sort soit connu le plus possible »», conclut François Prévost.

Ce qu’il reste de nous
Présentement en DVD

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