Sous la cagoule, un documentaire derrière des portes closes
En 2004, des images font le tour de la planète et choquent le monde entier. On y voit des prisonniers cagoulés, nus, dans des positions dégradantes aux côtés de soldats américains le pouce en l’air. Ces photographies, provenant de la prison d’Abou Ghraib, en Irak, prouvent à tous que la torture existe encore malgré la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants adopté par les membres de l’ONU en 1984.
Dans son documentaire Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture, Patricio Henriquez soulève ces sacs de toile qui font perdre la raison à ceux qui sont forcés de les porter et dévoile le visage des victimes de la torture des Temps modernes. Que ce soit le Français Mourad Benchallali arrêté au Pakistan et expédié à Guantanamo, les Afghans Saïd Nabi Sidiqy et Janat Gul, ou l’Irakien El Haj Al Al-Kaïssi, ils ont tous subi les pires humiliations au nom des valeurs américaines.
«Avant le 11 septembre 2001, de tels actes n’auraient jamais été permis, mais le gouvernement américain, habile dans la manipulation de l’opinion publique, a commencé à faire tranquillement passé l’idée que, pour éviter un autre 11 septembre, il fallait secouer les détenus», explique le documentariste chilien, qui habite maintenant au Québec.
Ce dernier a donc fait le tour du monde pour discuter avec des victimes, mais aussi avec des gens comme le docteur Burton J. Lee, l’ancien médecin personnel du président Bush père, et Kayla Wiliams, ex-officier de renseignements en Irak qui exigent la fin de ces pratiques barbares.
«Je sentais qu’on discutait beaucoup de la torture de façon théorique ou statistique, mais qu’on ne s’intéressait pas aux victimes, souligne le réalisateur. Avec mon film, je voulais donner un visage à ces gens-là.»
Les visages de la torture
Le réalisateur est donc parti à la recherche de ces hommes et de ces femmes brisés et, étonnement, il n’a pas eu de difficulté à trouver nombre de personnes ayant été injustement torturées et emprisonnées.
Il a découvert que l’on a fait des tests médicaux sur les prisonniers, mais aussi qu’on utilise, pour forcer les gens à confesser des crimes qu’ils n’ont pas commis, le Manuel d’interrogatoire de la C.I.A., celui-là même qui est enseigné à L’école des Amériques, établissement qui a instruit bon nombre de militaires sud-américains pendant la guerre froide.
Patricio s’est rendu aussi en Afghanistan dans les régions touchées par la guerre pour rencontrer d’anciens détenus.
«Malgré mon expérience dans certains conflits similaires, j’ai beaucoup paniqué avant d’y aller, confie-t-il. J’ai fait pour la première fois un testament mais, une fois sur place, tout s’est bien passé. J’étais toujours accompagné par des gens qui avaient été désignés par les ONG indépendantes locales.»
Il n’y a qu’en Irak où le réalisateur ne s’est pas rendu en personne. Même si le film contient beaucoup d’images où l’on voit des soldats américains arrêter des civils, leur mettre une cagoule et les amener dans des camions, ce n’est pas le cinéaste qui a pris ces images.
«C’est un accord qu’on a passé avec un caméraman qu’on ne peut pas nommer, dit-il. Il a tourné ces images en fonction de notre film, quand il était avec des Américains pour son travail normal de couverture.»
Touchantes, choquantes, parfois difficiles à regarder, les images du film Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture provoquent un questionnement sur la démocratie.
«Je suis persuadé que les tortionnaires ne sont pas des malades, affirme Patricio Henriquez. Depuis l’Inquisition jusqu’à aujourd’hui, chaque fois qu’on applique la torture, c’est toujours pour des valeurs éthiques. On est toujours en train de défendre la démocratie. Cette démocratie est malade si elle nous permet de torturer les gens. Le bourreau peut donc se conforter dans son travail. La justification de ces gens-là, c’est qu’ils défendent les valeurs de leur communauté. Si la communauté n’appuie plus ces pratiques, elles pourraient être abolies.»
Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture
En salle le 7 novembre