Culture

Sur la piste des comiques d'antan

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Les comédiens et réalisateurs Dominique Abel et Fiona Gordon sont des admirateurs de Chaplin, Keaton, Tati et Laurel et Hardy, et cela transparaît dans leur dernier long métrage, Rumba.

Faisant fi des diktats du cinéma actuel, avec ses effets spéciaux complexes, ses scénarios aux personnages torturés et ses plans de caméra inusités, ces deux cinéastes, qui font parti d’un trio complété par Bruno Romy, présentent un film comique inspiré des grands du burlesque d’antan. Seule différence   rappelant qu’il s’agit de cinéma contemporain : la couleur, qui
est dans Rumba pure et éclatante.  

Rencontrés lors de leur passage au Festival des films du monde, Domi­nique Abel et Fiona Gordon se confient facilement : ce qu’ils souhaitent avec leur film, c’est faire rire, tout simplement. Et pour y arriver, ils revisitent les techniques de slapstick popularisées par Charlie Cha­plin et Buster Keaton.

«On adore la complicité dans le rire, dit le Belge Domique Abel, tout sourire. On aime les gens qui ne se prennent pas au sérieux et qui parlent avec autodérision de choses qui les touchent vraiment. Ce qu’on adore aussi dans le genre burlesque, c’est que ce n’est pas comme la comédie traditionnelle, où il y a des acteurs qui veulent faire rire à partir d’un scénario qui a été écrit par quel­qu’un d’autre. Les cinéastes burlesques prennent tout le cinéma en main : la manière de filmer, de découper, de décorer… Du coup, ça fait des Å“uvres qui sont plus personnelles.»

Rumba en est une, sans contredit. Le film raconte l’histoire de Fiona (Fiona Gordon) et de Dom (Dominique Abel), un couple d’enseignants qui partagent une passion pour la danse latino. Un soir, alors qu’ils rentrent d’un concours de danse, ils sont victimes, en tentant d’éviter un suicidaire sur la route, d’un accident qui chamboulera leur vie.

Le geste d’abord

Loin d’être un drame, Rumba est un film résolument optimiste et très théâtral. Le geste est le mode d’expression principal des personnages, qui ne parlent que très rarement. Là encore, le cinéma muet est une inspiration pour les deux cinéastes formés en théâtre gestuel par Jacques Lecoq, Monika Pagneux et Philippe Gaulier.

«On a fait du théâtre gestuel et du mime, mais on ne s’est jamais empêchés de parler, explique Fiona Gordon, née en Australie, mais de nationalité canadienne. Le corps nous sert à exprimer des choses.»

«On est comme des clowns, affirme Domi­nique Abel. On aurait pu faire des clowns en s’inspirant de ceux du cirque, mais dès le début, on a été émerveillés par les clowns du cinéma parce qu’ils sont plus pro­ches de la vraie vie. Il n’y a pas de perruques et de nez rouges dans nos films, mais des gens qui ressemblent à tout le monde.»

L’immobilité du cadre est aussi une particularité que les deux réalisateurs ont adoptée. Cette fixité leur permet de jouer avec les entrées et les sorties. Ils peuvent aussi cacher dans un large cadre des surprises que les spectateurs sont appelés à découvrir.  Une règle qui n’est pas cérébrale, mais plutôt physique. Le corps, qui occupe une si grande place dans le jeu des acteurs, doit être vu des pieds à la tête.

Hommage

Autre petite règle qui vient en toute logique compléter la manière de penser des deux artistes : les effets spéciaux, qui sont faits comme durant l’âge d’or du 7e art. Nuit américaine, rétroprojection et ombres dansantes participent à faire rire le public.

«Ça contribue à l’humour, affirme Dominique Abel. Il y a une trace humaine qui nous intéresse et qui nous manque parfois dans la vie et dans la société. Nous, on a la place pour l’amener. Tout le monde sait bien que la bagnole qu’on conduit est complètement fausse; c’est de la rétroprojection comme dans les films de Hitchcock. Mais justement, cette maladresse-là, on veut la montrer.»

Les deux comédiens, qui vivent ensemble en Bel­gique, sont très conscients que leur style cinématographique est en marge de tout ce qui se fait présentement, mais ils continueront à l’explorer.

«La télé a transformé le rire, soulignent-ils. Avant, il y avait beaucoup de comiques physiques, mais ils ont disparu. On essaie de leur redonner leurs lettres de noblesse.»

Rumba
En salle dès aujourd’hui

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