Femme, 50 ans, cherche jeune partenaire
Connue pour traiter de sujets qui dérangent et bousculent les archétypes, Josiane Balasko, la réalisatrice, ne déroge pas à la règle avec son dernier film La cliente.
Avec le doigté qu’on lui connaît, elle porte une fois de plus à l’écran des couples complètement détonants. Celui que forment ici les quinquagénaires Judith (Nathalie Baye) et Irène (Josiane Balasko) n’est pas un couple d’homosexuelles, comme dans Gazon maudit : ce sont deux sÅ“urs travaillant pour une émission de téléachat, dont Judith est la présentatrice. La première est divorcée, la seconde, condamnée au célibat. Irène connaît le secret de sa sÅ“ur: Judith surfe sur le net pour s’offrir les services «sexuels» de jeunes hommes. Elle rencontre ainsi Patrick (Éric Caravaca), qui fait des passes pour payer les traites du salon de coiffure de sa femme (Isabelle Carré), qu’il aime profondément.
Un détour par le roman
Mais cette comédie sentimentale s’est heurtée à un refus, quand la réalisatrice a présenté aux producteurs son premier script, il y a cinq ans déjà.
Simple et généreuse, Josiane Balasko aime secouer la société. Elle raconte le parcours semé d’embuches de ce film. «Une femme de 50 ans qui a des relations sexuelles tarifées avec des hommes plus jeunes qu’elle, ça ne passait pas, confie la réalisatrice française. Ce que j’avais écrit dérangeait. Les gens se braquaient. La réaction de certaines femmes était même violente, c’était viscéral.»
Mais elle ne lâche pas et décide de passer par la littérature en publiant chez Fayard Cliente. Et c’est un succès. Le livre se vend à plus de 200 000 exemplaires et les producteurs décident alors de relever le défi.
Donc, même quand on s’appelle Balasko, qu’on fait partie de la bande du Splendid, qu’on a plus de 35 ans de carrière et qu’en tant que comédienne, on a fait rire des générations entières avec une pléiade de comédies comme Le père Noël est une ordure ou encore Les Bronzés, rien n’est acquis. «Comme quoi, dans ce métier, rien n’est jamais acquis, lance-t-elle. Les gens pensaient que je me fourvoyais. Ça peut me servir de leçon.»
Histoires de mœurs
Certes, le sujet peut déranger, mais dans La cliente tout se fait avec beaucoup de finesse, de sensibilité et d’humour.
Entre rire et émotion, Balasko présente le statut de la femme libre, et son revers, la fatalité de la solitude. «J’avais vraiment envie de faire le portrait d’une femme de 50 ans. J’ai plein d’amies qui sont seules. Je ne sais pas si elles se payent les services d’escortes, elles n’en parlent pas, déclare-t-elle. Mais, vu le nombre de sites dédiés à ça, il me semble évident que beaucoup doivent y avoir recours.»
La réalisatrice, qui parle sans complexe du milieu d’où elle vient, a voulu confronter la société à elle-même. «Je viens d’un milieu populaire, mes parents tenaient un bistrot, se souvient-elle. Et ça m’a intéressée de confronter deux sociétés. Celle de la bourgeoisie, avec Judith et Irène qui sont bien établies socialement et vivent dans deux grands appartements, opposée à celle de Patrick qui, lui, vit dans une HLM avec sa belle-famille et fait le tapin pour faire vivre tout le monde.»
Balasko pousse une fois de plus le public dans ses retranchements en soulevant un tas de questions sur la solitude, l’amour et l’argent.
La cliente
En salle dès le 2 octobre