Soundgarden: le soleil noir du grunge brille encore
Seize ans après son dernier album, Soundgarden revient dans les bacs avec King Animal. Rencontre avec le légendaire chanteur du groupe de Seattle, le ténébreux Chris Cornell.
Il était une fois le grunge, épisode IV. Après la mort de Nirvana, le triomphe tranquille de Pearl Jam et la résurrection d’Alice in Chains, voici le comeback de Soundgarden. Flashback. En 1992, le quatuor de Seattle, habile croisement entre Black Sabbath et Led Zeppelin, dynamite les charts avec l’album Badmotorfinger. Et devient un des plus grands groupes du monde deux ans plus tard avec le monumental Superknown, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires dans la foulée du single Black Hole Sun.
En 1997, après le très beau Down On The Upside, la formation se saborde en pleine gloire, frustrant les fans d’une discographie impeccable. Un choix que le chanteur Chris Cornell réprouve aujourd’hui. Du moins en partie. «Notre seule erreur a été de nous séparer et de l’annoncer ainsi, explique l’intéressé, l’air las, caché derrière ses Ray-Ban pendant la quasi-totalité de notre entretien. On avait juste besoin d’un break et on aurait dû laisser la porte ouverte en attendant de voir. Comme tout le monde.»
Des retrouvailles sans histoire
Après Soundgarden, le «Jésus» du grunge connaîtra un honnête succès avec Audioslave, aux côtés des ex-musiciens de Rage Against The Machine, suivi d’une carrière solo plus mitigée. Si le batteur Matt Cameron s’est recyclé chez Pearl Jam, le guitariste Kim Thayil et le bassiste Ben Sheperd ont fait profil bas. En 2011, la décision de remonter Soundgarden sera collégiale. «On était nerveux mais ça s’est fait sans embûche, assure le chanteur. On a longtemps joué ensemble et on s’entend plutôt bien. D’ailleurs, quand on se dispute, c’est plutôt lié aux morceaux.»
Avant d’entrer en studio pour enregistrer King Animal, son premier album en 16 ans, Soundgarden publiera un best of et un album live, partira en tournée et lancera un nouveau site web, histoire de se rappeler au bon souvenirs des fans. «Si ton groupe n’a pas d’actu, si on n’en trouve plus trace sur le net, alors ton héritage musical se fane et disparaît. C’est ce qui était en train de nous arriver», observe Chris Cornell, qui prend cette seconde naissance comme une prime.
Un son résolument vintage
Fini les deadlines et «le label qui te dit que ce serait bien de pouvoir être en tournée alors que tu n’as pas écrit une ligne du prochain disque». En 2012, Soundgarden a retrouvé ses «réflexes de groupe indé et communique plus directement, sans stress ni tiers qui met son grain de sel».
Si King Animal sonne résolument vintage, des délicieuses distorsions de Thayil au chant hanté de Cornell, ce dernier refuse toute idée de nostalgie. «Je suis bien plus heureux qu’il y a 15 ans, promet-il. À l’époque, j’étais content de nos disques. Point. Le reste…»
Garde-t-il quand même de bons souvenirs du triomphe de Black Hole Sun dans les palmarès? À peine. «Ça nous a permis de jouer dans des salles plus grandes qu’à nos débuts. Mais on avait déjà pas mal bourlingué avant. Heureusement, on ne s’est jamais farci la presse ado, davantage intriguée par le contenu de notre petit-déjeuner que par celui de notre musique.» Là, miracle. L’ombrageux Cornell baisse ses Ray-ban, esquisse un sourire et nous salue. Il était moins une.
King Animal
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