Culture

La domination masculine: La femme, une menace?

L’éternel combat entre Mars et Vénus n’est pas près de se terminer. Surtout pas après la sortie d’un documentaire comme La domination masculine. Pour son nouvel essai, le réalisateur belge Patric Jean aborde autant le culte du pénis que le speed dating, le pouvoir des médias et le métier de stripteaseuse, donnant la parole aux enfants, aux femmes violentées et aux hommes misogynes.

«Ce qui m’intéresse, c’est la question du continuum, explique le cinéaste dans un entretien téléphonique. Il y a une continuité culturelle cohérente entre les petites choses comme les livres ou les jouets pour enfants, la question des salaires et de la politique, et la violence conjugale. Quand un homme bat ou tue sa femme, ce n’est pas un accident, c’est le produit d’une culture. En France, un homme tue sa femme toutes les 55 heures. Ce ne sont pas des hasards.»

Ses recherches sur le sujet se sont déroulées pendant de nombreuses années et elles l’ont mené jusqu’au Québec. Il a découvert que, sur plusieurs aspects sociaux, la Belle Province est en avance de 20 ans sur la France. «Il y a beaucoup plus de ressources qui sont disponibles pour les femmes vivant des violences conjugales au Québec, affirme-t-il. En France, les centres de femmes sont un concept qui n’existe presque pas. Grâce à tout cela, il y a eu au Québec un changement de mentalité qui n’a pas encore eu lieu chez nous, en termes d’une plus grande égalité.»

Le feu aux poudres

Cette médaille, qui semble plus resplendissante de ce côté de l’Atlantique, comporte toutefois une grande part d’ombre : des milieux masculinistes qui s’organisent devant les avancées féministes et qui désirent revenir au statu quo. Patric Jean en a infiltré quelques-uns pour réaliser ce film polémique. Il a d’ailleurs dû annuler sa venue au Québec en novembre dernier après avoir reçu des menaces de mort.

«Quand on va sur un site qui fait référence à Marc Lépine, que c’est inscrit que c’est un héros, qu’il y a votre photo et un flingue, c’est inquiétant, relate nerveusement le réalisateur. Il y a un moment où tout le monde s’est inquiété, y compris la police, car elle a décidé de faire une perquisition chez ce gars-là (le propriétaire du site) et voilà, il s’est retrouvé devant la justice pour possession d’arme illégale. Je sais que certains masculinistes rêvent de se suicider en tuant du monde…»

Bien que l’ouvrage alimentera à coup sûr les discussions, le cinéaste, à qui l’on doit également le documentaire La raison du plus fort, assure qu’il a surtout cherché à remettre en question le quotidien, qui ne va pas nécessairement de soi. «Chacun doit se remettre en perspective, réfléchir à ses propres pratiques, à son regard sur les autres et sur le monde, affirme Patric Jean. Je pense que c’est une révolution très importante, la plus grande révolution de l’histoire de l’humanité. Mais elle commence par une révolution intérieure chez chacun d’entre nous.»

La domination masculine
En salle dès aujourd’hui

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