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Lou-Adriane Cassidy: seule ou avec d’autres

Lou-Adriane Cassidy Photo: Chantal Lévesque/Métro

Du haut de ses 21 ans, Lou-Adriane Cassidy possède déjà une feuille de route bien remplie. Après des passages à La Voix, aux Francouvertes, aux festivals de Granby et de Petite-Vallée, l’auteure-compositrice-interprète lance un premier album, C’est la fin du monde à tous les jours. Pas mal pour une fille qui a commencé à écrire ses propres chansons il y a deux ans à peine…

«Au départ, mon but n’était pas de composer mes chansons. Je voulais un album de chansons originales, mais écrites par d’autres pour moi, raconte la jeune femme originaire de Québec à propos de la démarche créative qui a mené à son premier disque solo.

Finalement, la piqûre de l’écriture a persisté après un atelier en 2017, et elle a signé 7 des 10 pièces de l’album.

«On est passé de zéro chanson de moi à la majorité», constate-t-elle en riant.

L’apport extérieur vient tout de même teinter le disque, qu’elle a co-réalisé avec Simon Pedneault.

Parmi ceux qui lui ont prêté leur plume, on trouve Stéphanie Boulay (La fin du monde à tous les jours), Tire le Coyote (Mon bel antidote) et Philémon Cimon (Ça va, ça va).

«C’est un sentiment très fort de réaliser que quelqu’un réussit à mettre en mots ce que tu ressens et parvient à le transmettre par son langage. C’est très touchant.» – Lou-Adriane Cassidy

«Ça s’est fait naturellement. Je n’aime pas cogner aux portes. J’avais envie que tout le monde ait le goût de travailler avec moi. C’est l’échange artistique qui m’intéresse. Stéphanie ou Tire le’ m’intéressent comme personnes, mais pas comme “personnalités” à mettre sur mon album.»

«Je trouvais intéressant de présenter le point de vue de l’interprète, mais pas dans un créneau mainstream ou associé à l’image de la chanteuse à voix. J’ai beaucoup de respect pour ça, mais je n’avais pas nécessairement envie de suivre ce parcours-là.»

Peut-être inspirée par sa mère, Paule-Andrée Cassidy, qui a notamment chanté les mots de Vigneault et Prévert, Lou défend pleinement la démarche d’interprète.

«C’est un peu sous-estimé et on lève parfois le nez là-dessus. Je trouve ça dommage», explique celle qui fait aussi partie du groupe de tournée d’Hubert Lenoir, un autre produit de la Vieille Capitale.

«Je n’avais pas de réticences à présenter mes chansons, mais je trouve qu’il y a au Québec une espèce de dictature de l’auteur-compositeur-interprète, une nécessité de faire les trois. Alors qu’il y a du monde qui est juste bon dans un aspect. Et c’est correct de s’entourer, de reconnaître ses faiblesses. Ça ne veut pas dire que tu n’as rien à offrir.»

Elle le prouve pleinement sur Ça va, ça va, sans doute la chanson la plus forte de l’album.

«Et si je n’ai pas d’enfants, Alors c’est quoi alors c’est quoi, Et si je n’ai pas d’amant, Alors c’est quoi alors c’est quoi, Si je suis seule dans la vie, C’est quoi la vie c’est quoi la vie», se demande-t-elle dans cette ballade qui regroupe les angoisses de sa jeune vingtaine.

«Avec Philémon, on s’est assis et on a jasé de toutes mes peurs, se remémore-t-elle. Il a réussi à condenser ça en trois minutes. Les émotions viennent vraiment de moi, mais c’est cet échange qui a fait la chanson. Ce n’était pas unidirectionnel. Je lui ai donné quelque chose et il me l’a redonné. Et aujourd’hui, je la redonne aux gens.»

«Travailler avec d’autres donne plus de profondeur aux émotions que j’ai vécues. Ils ont le recul et la capacité d’analyse que je n’ai pas en ayant le nez collé dessus.»

La jeune femme est aussi capable de se mettre dans la peau des autres comme dans Ce qu’il reste, pièce sur le suicide qu’elle a mise en paroles et en musique.

«Je ne sais plus quel chemin mental j’ai pris pour y arriver, admet-elle candidement. Je n’ai aucun background dépressif ou suicidaire, mais ça m’a inspirée à ce moment. Le processus m’a amenée là.»

Gravité
Lou-Adriane Cassidy l’avoue elle-même, son univers musical n’est pas des plus jojos.

«Je ne suis pas la Compagnie créole, et c’est pas grave», lance-t-elle avec un grand sourire.

Le mélange de guitare folk et de quatuor à cordes qui teinte l’album, inspiré notamment du Canadien Andy Shauf et du disque Histoire de Mélody Nelson de Serge Gainsbourg, y est pour quelque chose, tout comme la gravité de ses textes.

«J’avais envie que l’album sonne vraiment proche et intime, quasiment dérangeant, notamment dans la voix. J’avais envie de proximité.»

«Ç’a à voir avec le type de musique que j’ai toujours écouté. Chez nous, on écoutait de la chanson française, du Barbara, du Gilles Vigneault. Ce type de langage m’a rapidement touchée.»

Tellement qu’elle a voulu s’en moquer sur la pièce-titre qui ouvre l’album.

«C’est un peu ma façon d’ajouter une couche d’autodérision au reste de l’album: toutes les chansons sont centrées sur moi, je chiale et c’est un peu braillard. Ça va pas bien. [Rires]»

«Dans la chanson [La fin du monde à tous les jours], il y a une volonté de changer de perspective. On recule et on se rend compte que c’est un peu la fin du monde pour chaque personne, chaque jour. Il n’y en a pas, de drame, au fond.»

«C’est comme pour enlever de l’importance à tout ce que je vais dire après. Cette chanson a donné tout le sens au reste de l’album, ça m’a permis de trouver un angle plus intéressant, une façon d’être rassembleuse: être tout seul ensemble.»

«Je parle de moi, mais j’essaie de parler de tout le monde. On n’est pas obligé de parler au “nous” pour toucher tout le monde.»


C’est la fin du monde à tous les jours

Disponible dès aujourd’hui

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