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Cabotins: Les clowns sont tristes

En brossant le portrait d’un groupe d’acteurs dans un creux de vague, Cabotins aborde le délicat sujet du snobisme dans le showbiz. La comédie d’Alain DesRochers ouvrira le Festival du film de Juste pour rire.

Le snobisme, Alain DesRochers y a déjà goûté. Il en a d’ailleurs été victime à la sortie du film Nitro, il y a trois ans. Du jour au lendemain, ses confrères ont cessé de le considérer comme un cinéaste raffiné (La bouteille), préférant lui apposer l’étiquette de «réalisateur de vulgaires films d’action». «Et en plus, je faisais de la pub…» ajoute-t-il en soupirant.

À la lumière de cette révélation, on ne s’étonne pas de constater qu’Alain DesRochers éprouve beaucoup d’empathie pour les personnages de Cabotins, des acteurs en perte de vitesse après avoir fait leurs marques dans un genre méprisé par l’élite : le théâtre de variétés. D’après un scénario de Ian Lauzon (De père en flic, Piché : entre ciel et terre), le troisième film du cinéaste brosse le portrait d’un ex-comédien-producteur vaudevillesque (Rémy Girard) qui décide – pour se sortir d’une impasse financière – de monter un spectacle-retrouvailles avec son fils (Pierre-François Legendre) et ses vieux copains de scène (Gilles Renaud, Dorothée Berryman, Yves Jacques et Gaston Lepage).

«Quand j’étais petit, mes parents travaillaient dans une shop, et le soir, on regardait Les Tannants à Télé-Métropole, se rappelle Alain DesRochers. C’est pour ça que je tenais tant à tourner Cabotins. Je voulais rendre hommage à ce milieu-là. Je voulais montrer l’humanité de ces gens qui travaillent excessivement fort pour divertir leur public.» Pour camper Marcel Lajoie, le maître d’Å“uvre de ce curieux revival, Rémy Girard s’est inspiré de certains de ses amis et collègues qui, à l’instar de son personnage, traversent eux aussi une profonde léthargie.

«Comme je le dis souvent : ce n’est pas toi qui lâches le métier; c’est le métier qui te lâche», observe le comédien de 59 ans, dont la carrière n’a jamais connu d’importants creux de vague.
Cabotins a également permis à Rémy Girard de plonger tête première dans un genre qui lui était jusque-là peu familier : le burlesque. À ses débuts dans la Vieille Capitale, le comédien avait eu l’occasion d’effleurer l’humour slapstick dans divers spectacles de cabaret, mais il n’avait jamais poussé l’exercice aussi loin qu’il l’a fait pendant le tournage du film, l’été dernier.

Pour une des dernières scènes du long métrage, le comédien se glisse sous les traits d’un pathétique soulon dans un décor composé d’un divan, d’une lampe et d’un escalier… des obstacles mortels pour quiconque est dans un état d’ivresse avancée! «Je me suis inspiré d’Olivier Guimond et de son sketch Trois heures du matin, révèle-t-il. M. Guimond disait : « Quand tu veux jouer un gars chaud, il ne faut pas que tu marches croche. Il faut que t’essaies de marcher droit! »»

Inspiration : Stéphane Gendron
Dans Cabotins, Louis Morissette revêt les complets pastel bon marché de Stéphane Granger, le maire d’un petit village qui se plaît à faire de la vie de Marcel (Rémy Girard) un enfer. Avons-nous oublié de mentionner que le personnage joué par l’ex-Mec Comique occupe aussi
les fonctions de gérant de banque et d’animateur télé?

En entrevue, Louis Morissette reconnaît s’être inspiré d’un autre maire/animateur télé prénommé Stéphane pour composer son personnage : Stéphane Gendron. «Ce sont des gens qui pensent avoir beaucoup de pouvoir…» laisse glisser l’acteur. Si Louis Morissette ne se gêne pas pour décocher quelques flèches en direction du maire de Huntingdon, ce sont des fleurs qu’il lance à Gilles Latulipe, qui apparaît brièvement dans le film d’Alain DesRochers. «Je me suis déjà retrouvé sur scène avec M. Latulipe au Vieux Clocher de Magog, se rappelle-t-il. J’avais l’impression d’être sur la glace avec Wayne Gretzky.»

Imiter Rémy Girard
Cabotins aborde aussi le thème des relations père-fils orageuses par le biais des personnages joués par Rémy Girard et Pierre-François Legendre. Les tensions qui règnent entre les deux hommes culminent dans une séquence riche en émotions au cours de laquelle le tandem se prête à un petit jeu d’inversion des rôles. Les ciné­philes se régaleront de voir la justesse avec laquelle Pierre-François Legendre reproduit la gestuelle de Rémy Girard. Pour atteindre un tel niveau d’exactitude, l’acteur a dû faire un grand travail d’observation. «J’ai commencé à le checké ben comme il faut dès les premiers jours de tournage!» s’exclame Legendre en riant. 

La jeune diva
Contraire­ment à son personnage de snobinarde dans Cabotins, Marie-Ève Milot ne lèverait jamais le nez sur du Michel Tremblay. La jeune comédienne passera d’ailleurs le mois d’août à jouer Thérèse et Pierrette à l’École des Saints-Anges à la Maison de la culture de Gatineau. «Quand je suis entrée à l’école de théâtre, j’ai traversé une période où j’ai eu un désir d’absolu et de pureté. Je crois que tous les acteurs passent par là, dit-elle. Mais, heureusement, ça n’a été qu’une phase. Je ne suis plus comme ça!»

Cabotins
En salle dès le 23 juillet

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