Mademoiselle Chambon: Les amours non imaginaires
Dans Mademoiselle Chambon, les destins d’une institutrice et d’un maçon se croisent. Stéphane Brizé adapte un récit d’Éric Holder
Le cinéaste Stéphane Brizé est un grand romantique. Il a traité des élans du cÅ“ur dans Le bleu des villes, Entre adultes et Je ne suis pas là pour être aimé. «Qu’est-ce qui fait qu’un moment deux êtres vont s’attirer, qu’une histoire d’amour va naître? se demandait-il lors de son passage à Montréal en novembre dernier dans le cadre de Cinémania. C’est une chose que je me demande à chaque instant, ça m’obsède au quotidien.»
Dans son nouvel opus, Mademoiselle Chambon, il fait se croiser les chemins d’une institutrice (Sandrine Kiberlain) et d’un maçon (Vincent Lindon) honnête, mais déjà en couple… L’amour les attend peut-être au fil d’arrivée. Cette adaptation d’un récit d’Éric Holder privilégie les silences et les non-dits, les regards langoureux et les sourires complices. «On reproche souvent au cinéma français d’être assez bavard, lance avec le sourire le réalisateur, conscient que son dernier essai n’emprunte pas cette voie. Je ne me demande pas comment je vais faire pour en dire le moins possible. J’essaie juste de voir comment ça se passerait dans la vie avec des personnages qui ont un problème avec l’expression, les sentiments et les paroles.»
La mélancolie est également très présente. «Je pense être quelqu’un de très mélancolique, avoue le cinéaste. Les gens s’empêchent de repenser à la belle histoire qui les a habités quand ils étaient plus jeunes – celle où tout est possible – et ça me rend triste. Mon personnage doit faire un acte héroïque et romantique en suivant son impulsion ou suivre la voix de sa conscience, du rationnel. En le plaçant devant ce choix, je nous place à cet endroit-là et je nous questionne sur ce qu’on ferait.»
Recréer la flamme
Il n’est pas surprenant que plusieurs histoires d’amour pour adultes aient inspiré Stéphane Brizé, dont quelques classiques de Douglas Sirk et surtout The Bridges of Madison County, de Clint Eastwood. «Ce qui m’intéresse est de provoquer les sentiments les plus forts possible, révèle le cinéaste. Je me suis dit : « J’aimerais bien faire autant pleurer que Sur la route de Madison ». J’avais une référence lacrymale liée à ce film-là.»
Une émotion qui émanait déjà du plateau de tournage, notamment entre Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain qui rejouaient pour la première fois côte à côte dans un long métrage depuis leur séparation. «Une chose de leur propre histoire qui est certainement voyante dans le film, c’est la peur de se retrouver. Elle fait totalement écho à la peur des personnages d’être ensemble pour la première fois. Tout ce qui est de l’ordre du sentiment amoureux n’existait plus, et à un moment, il fallait rejouer avec ça, et c’est quelque chose qui leur faisait très peur.»
Mademoiselle Chambon
En salle le 11 juin