DJ Gilles Peterson: Un homme pressé
Le DJ Gilles Peterson participe au Havana Cultura Festival jeudi soir. Portrait d’un artiste touche-à-tout qui n’en finit pas de courir.
Il faut le suivre, Gilles Perterson, parce qu’il va vite. Entre deux albums, entre deux concerts, entre deux émissions de radio, difficile de reprendre son souffle. «Je cours, je veux courir, je vais faire le marathon de Montréal!» lance-t-il. Pour le marathon, rien n’est moins sûr. Pour ce qui est de courir, il est en pleine lancée. «Cela fait 30 ans que je suis DJ et je veux continuer tant que je trouve de la musique qui me… qui m’excite? Non, ce n’est pas le bon mot en français, rit-il, ça a une connotation sexuelle, non? Oh, cela fait longtemps que je n’ai pas parlé français!» s’excuse-t-il en riant. Mais l’idée est là, si la musique le fait vibrer, Gilles Peterson peut foncer.
Il n’a d’ailleurs pas perdu de temps. Né de mère française et de père suisse, il grandit à Londres. «J’avais 14 ans lorsque mes parents sont partis pour un week-end, se souvient-il. Lorsqu’ils sont rentrés, j’avais rangé mon train électrique et j’avais des platines à la place. Ma mère a soupiré: « Le rock va me prendre mon fils. » Elle avait raison.» Le jeune homme quitte rapidement son travail de vendeur et commence à gagner de l’argent en organisant des soirées.
Il fait payer l’entrée quelques sous, ce qui lui permet d’acheter ses premiers vinyles. Il écoute alors Electric Light Orchestrea, Stevie Wonder et Johnny Mitchell. Mais ses influences premières ne s’arrêtent pas là. «J’ai grandi avec le punk, qui vient de la scène black. J’écoutais du jazz, de la funk. Et puis j’habitais dans le sud de Londres, un quartier multiculturel où l’on sent notamment une grande influence caribéenne. »
Aujourd’hui, l’artiste est souvent qualifié de dénicheur de talents. L’étiquette lui paraît-elle juste? Il balaie la question d’un revers de la main. «Je ne m’occupe pas de ça. Des étiquettes, cela fait 30 ans qu’on m’en colle, peu importe. J’essaie simplement de mixer la musique qui me plaît.» Mais Gilles Peterson ne se contente pas de mixer. Ce touche-à-tout a monté les labels Acid Jazz Record et Talkin’Loud et le Worldwide Festival, qui se tient tous les ans à Sète, en France. Et sa musique a fait des émules jusque dans les couloirs de la BBC.
Depuis 1998, il anime deux heures d’émissions hebdomadaires retransmises vers une quinzaine d’autres radios dans le monde. Une consécration pour celui qui a fait ses débuts dans des radios pirates. «Entre 1983 et 1988, raconte-t-il, je montais mes stations et on allait poser des émetteurs très tôt le matin. Parfois, on se faisait piquer par la police…» Et courser sans doute. Comme quoi, Gilles Peterson et la course, ça ne date pas d’hier.
Récolte cubaine
«Il y a deux ans, j’ai reçu un coup de fil des organisateurs du festival. Ils m’invitaient à aller chercher des sons à Cuba», explique Gilles Peterson. L’artiste a alors passé cinq jours à Cuba, pendant lesquels il a visité, rencontré, écouté. «Il y a une scène hip-hop complètement méconnue», souligne-t-il. Sa récolte a été si fructueuse qu’il a décidé d’enregistrer deux albums au lieu d’un. Tous deux sont réunis dans Havana Cultura : New Cuba Sound, sur lequel on retrouve le pianiste Roberto Fonseca, Marya Caridad Valdès, ou encore la canadienne d’origine cubaine Telmary.