Rouge sang : un suspense à huis clos
Veille du premier jour de l’année 1800. Une mère canadienne-française et ses enfants, dans une ferme isolée.
Une tempête de neige. Des soldats anglais agressifs. Voilà les ingrédients réunis par Martin Doepner pour créer un suspense à huis clos comme on en voit peu souvent au cinéma québécois. Métro s’est entretenu avec le cinéaste, dont il s’agit du premier film.
Pour son premier long métrage, Martin Doepner ne s’est pas facilité la tâche, c’est le moins qu’on puisse dire : «Il y a des effets spéciaux, des scènes extérieures, des animaux, des enfants, c’est situé à une époque différente…» énumère-t-il en souriant. Autant d’éléments déconseillés aux «petits nouveaux» du métier. Cela dit, Doepner n’est pas exactement un novice en matière de cinéma, ayant œuvré comme aide-réalisateur pour plusieurs grosses productions hollywoodiennes ces dernières années. «Et je me suis vraiment bien entouré», assure-t-il.
Ainsi, ses producteurs l’ont tiré d’un mauvais pas imprévu : «On a tourné en février 2012… et il n’y avait pas de neige à Montréal! rappelle-t-il. Quand tu fais un film qui se passe dans une tempête de neige et qu’il n’y a pas de neige, ça va mal! Mes producteurs ont donc eu l’idée de faire venir une souffleuse de la ville pour prendre toute la neige sur les terrains vacants proches et la souffler sur le nôtre!»
Rouge sang nous ramène au 31 décembre 1799, dans une ferme où une femme, Espérance (Isabelle Guérard), et ses enfants (Andre Kasper Kolstad et Charlotte St-Cyr) attendent le retour du père de la famille (Peter Miller). Mais la tempête fait rage, l’homme se fait attendre et, entre-temps, des soldats anglais se pointent à la ferme et exigent un abri pour la nuit. Espérance finit par comprendre que les soldats ont tué son mari et tente d’échafauder un plan pour se sortir de ce mauvais pas…
[pullquote]
«Ce que je voulais, à la base, c’était créer un huis clos presque parfait, expose le réalisateur, qui a coécrit le scénario avec Joseph Antaki et Jean Tourangeau. J’étais réaliste, c’était certain que je n’aurais pas un budget de 25 M$, et je devais donc bâtir une histoire intelligente sur le plan du scénario, un récit qui s’emboîte, bien construit… un film que moi, je voudrais aller voir si ce n’était pas le mien!»
Le choix de l’époque – l’année 1799 – facilitait évidemment le principe du huis clos («il n’y a pas de cellulaire, pas de téléphone, donc les gens sont totalement isolés, et c’est une époque où le sens de la justice n’était pas le même non plus», fait remarquer Martin Doepner). Toutefois, ce n’est pas la seule raison qui a motivé le choix du cinéaste. «Pour plusieurs jeunes réalisateurs, c’est très intimidant de faire un film qui se passe à une autre époque que maintenant, affirme-t-il.
Mais moi, avant d’aller en cinéma, j’ai étudié l’histoire; ce sujet m’a toujours fasciné. Situer le film à une autre époque me permettait de donner un goût, une saveur, une texture à l’image, quelque chose qui, aujourd’hui, ne passerait pas. Les costumes, les décors, tout ça nous plonge encore plus rapidement dans l’atmosphère du film.»
Néanmoins, le but n’était pas de tourner un film historique rigoureux, rappelle Martin Doepner. C’est pour cette raison, notamment, que les francophones du film s’expriment dans un français qui se rapproche de celui d’aujourd’hui. «On a essayé en vieux français dans un premier scénario, et c’était très pénible, donc on a choisi un français correct, mais plus actuel. Il y a des anachronismes, des erreurs dans le film, et on le sait, affirme-t-il. Ce qui nous importait, c’était l’histoire, de raconter un thriller et de transporter les gens ailleurs.»
Le retour de Lothaire
On a beaucoup entendu parler de Rouge sang comme du film qui a marqué le retour au Québec de Lothaire Bluteau, qui y joue le capitaine des soldats, en qui Espérance trouve un allié temporaire. Mais dans la première version du scénario, explique Martin Doepner, le personnage n’avait pas du tout été écrit pour l’acteur.
«Dans le scénario original, le bon capitaine joué par Lothaire était un capitaine plus fort que ses hommes, le chef de la meute de loups, raconte-t-il. En cherchant des comédiens québécois dans la tranche d’âge voulu, j’ai pensé à Lothaire, car je tripais sur ses films quand j’étais jeune. Cependant, il ne correspondait pas du tout au profil du personnage. Mais en y réfléchissant, on trouvait encore plus intéressante l’idée de ce capitaine dont l’autorité s’effrite peu à peu avec ses hommes, qui le détestent et qui commencent à boire… On a décidé de lui envoyer le scénario en précisant que, s’il était intéressé, on réécrirait le rôle pour lui. Trois heures après l’avoir reçu, il avait accepté!»
Rouge sang
En salle dès vendredi