BIG – Favoritisme dans la rénovation du Complexe Claude-Robillard
Le Bureau de l’inspecteur général (BIG) recommande la mise à l’amende de la firme GBI pour avoir procédé à du favoritisme pour l’octroi du contrat de rénovation de la piscine du Complexe sportif Claude-Robillard. Une dénonciation sera aussi envoyée à l’Ordre des ingénieurs du Québec.
Le Complexe sportif Claude-Robillard est le théâtre de rénovations en plusieurs phases depuis quelques années. La piscine a été rénovée l’an dernier pour remplacer des éléments du mur mobile et du fond mobile.
En 2022, la firme de génie-conseil GBI a reçu le contrat pour préparer les devis et suivre les différents travaux, y compris ceux de la piscine. Selon le BIG, la firme a rapidement agi pour favoriser l’entreprise Myrtha et son distributeur unique au Québec, Aqualité.
Non seulement l’appel d’offres pour sélectionner le fournisseur de travaux a été rédigé pour favoriser les produits Myrtha, il a carrément été rédigé avec la participation active de dirigeants d’Aqualité et de Myrtha.
«Entre le 8 février 2023 et le 23 février 2023, plusieurs échanges de courriels [entre les entreprises concernées] ont lieu concernant les critères du pont mobile qui feront éventuellement l’objet [d’un fascicule de l’appel d’offres]», lit-on dans le rapport d’enquête déposé lundi au conseil municipal.
Certains éléments de l’appel d’offres et des réponses fournies après des questions des soumissionnaires étaient délibérément flous, selon le BIG. De telle sorte que les compétiteurs potentiels de Myrtha et Aqualité n’ont pas eu accès aux informations nécessaires pour déposer un dossier adéquat.
Le BIG s’est intéressé au dossier à partir d’avril 2024, après la réception d’une première plainte.
Un ingénieur… qui n’est pas ingénieur
Le contrat de GBI indiquait que le dossier devait être mené par un ingénieur sénior dûment inscrit comme membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). La personne désignée par GBI est Réjean Savard, qui est reconnu comme expert dans l’installation d’équipements aquatiques mais qui n’est pourtant pas ingénieur. M. Savard occupait le poste «d’intégrateur en ingénierie».
Le titre d’ingénieur n’est pas qu’une formalité. L’admission à l’OIQ vient avec une série de responsabilités, et surtout de sanctions qui peuvent être appliquées lorsque le travail n’est pas fait dans les règles de l’art.
M. Savard a été remplacé par un ingénieur lorsque la Ville de Montréal s’est rendue compte de l’irrégularité… trois ans plus tard, en février 2025. Or, le BIG note que l’ingénieur qui a été nommé pour le remplacer n’avait pas l’expertise nécessaire et s’appuyait fortement sur M. Savard.
Le BIG compte fournir les résultats de son enquête à l’Ordre des ingénieurs du Québec. Celui-ci pourrait sévir contre M. Savard s’il détermine que l’homme s’est présenté faussement comme ingénieur ou a effectué des tâches réservées à un ingénieur.
Favoritisme répété
C’est la deuxième fois que le BIG dénonce les activités de GBI et de Réjean Savard. En 2019, le même genre de favoritisme à l’égard des entreprises Myrtha et Aqualité a été signalé lors de la construction du complexe aquatique du Centre Rosemont.
À l’époque, on notait déjà que dans quatre projets de construction aquatique dirigés impliquant Réjean Savard ou la firme d’archites impliquée dans le Centre Rosemont, les quatre appels d’offres mentionnaient nommément les produits Myrtha. Dans les quatre cas, une soumission déposée par un compétiteur a été exclue.
GBI n’en est pas à ses premières frasques. L’entreprise s’appelait autrefois Leroux-Beaudoin-Hurens. Cette firme a été éclaboussée par la Commission Charbonneau pour avoir utilisé des prête-nom pour financer la caisse occulte d’Union Montréal, le parti de l’ex-maire Gérald Tremblay.
100 000$ d’amendes réclamées
Le Bureau de l’inspecteur général a le pouvoir de rompre directement un contrat lorsque des irrégularités trop importantes sont notées. Toutefois, dans le cas du Complexe sportif Claude-Robillard, la vaste majorité des travaux sont déjà accomplis.
Le BIG recommande donc à la Ville de Montréal d’imposer une amende de 100 000$ à GBI. C’est l’amende la plus salée que la Ville a le pouvoir d’imposer en vertu de son Règlement sur la gestion contractuelle.