Culture

L’acteur controversé Alain Delon honoré à Cannes

L’acteur controversé Alain Delon honoré à Cannes
Photo: Agence France-Presse

Sept fois en compétition mais jamais récompensé : Alain Delon, l’acteur mythique du «Guépard», s’apprête à recevoir dimanche son premier prix, une Palme d’or d’honneur malgré une pétition et des protestations d’associations féministes.

C’est par une masterclass devant une salle comble que le monstre sacré du cinéma a commencé cette journée d’hommage, avant la récompense, qui lui sera remise dans la soirée par sa fille Anouchka.

«Ils ne sont pas nombreux… Il n’y a que ça ? Je vais pas rester longtemps alors», a-t-il lancé en désignant le public de sa masterclass, dans l’une des provocations dont il est coutumier.

Mais, après une longue ovation et de nombreuses photos, l’icône du cinéma français des décennies 1960 et 1970 s’est lancée pendant près d’une heure et demie dans une évocation de ses souvenirs de cinéma, de sa première venue à Cannes en 1956 jusqu’à «Monsieur Klein» de Joseph Losey en 1976, sélectionné en compétition à Cannes, mais reparti bredouille.

L’acteur de 83 ans en a profité notamment pour rendre hommage aux femmes qui lui ont permis de devenir acteur, à commencer par l’actrice française Brigitte Auber, qui l’a amené pour la première fois à Cannes. «Je n’étais rien», dit-il.

«Si je n’avais pas rencontré les femmes que j’ai rencontrées, il y a très longtemps que je serais mort. Ce sont les femmes qui m’ont aimé, qui m’ont fait faire ce métier, qui ont voulu que je le fasse et qui se sont battues pour que je le fasse», a lancé celui qui a tourné avec Visconti, Melville ou Antonioni.

Ces déclarations sont intervenues alors que sa Palme d’honneur a déclenché une polémique avant même le début du Festival. Des féministes ont reproché à l’acteur d’être «raciste, homophobe et misogyne», selon les termes de l’association américaine Women and Hollywood, s’appuyant sur des propos qu’il a tenus par le passé.

Une pétition, qui a recueilli plus de 25 000 signatures, a demandé à Cannes de «ne pas l’honorer».

Dans Le Journal du dimanche, l’acteur a reproché à ses détracteurs d’avoir «inventé des déclarations».

«Je ne suis pas contre le mariage gay, je m’en fous : les gens font ce qu’ils veulent. Mais je suis contre l’adoption par deux personnes du même sexe […] J’ai dit que j’avais giflé une femme ? Oui. Et j’aurais dû ajouter que j’ai plus reçu de baffes que je n’en ai données. Dans ma vie, je n’ai jamais harcelé une femme.»

«On a voulu me coller l’étiquette extrême droite parce que j’ai raconté que j’étais copain avec [Jean-Marie] Le Pen depuis l’armée. Non, je suis de droite, point», a-t-il encore dit.

Dénonçant une «police politique», le délégué général Thierry Frémaux avait également défendu l’acteur : «Alain Delon a le droit de penser ce qu’il pense».

S’il a accepté de recevoir cette Palme d’honneur, Alain Delon a cependant toujours entretenu des relations mouvementées avec le Festival de Cannes.

Il était venu pour la dernière fois sur la Croisette en 2013 pour la projection d’une copie restaurée de «Plein Soleil» de René Clément, après avoir présenté en 2010 une version restaurée du «Guépard».

Mais avant cela, le comédien au caractère ombrageux avait boudé pendant dix ans le festival, vexé de ne pas avoir été invité aux célébrations du 50e anniversaire en 1997.

C’est pourtant à Cannes qu’Alain Delon a mis un premier pied dans le cinéma. Il montera ensuite pour la première fois les marches en 1961 pour «Quelle joie de vivre» de René Clément puis pour «L’Eclipse» de Michelangelo Antonioni en 1962, Prix du jury, et «Le Guépard» de Luchino Visconti, Palme d’or 1963.

Mais en 1976, «Monsieur Klein» de Joseph Losey est froidement accueilli, provoquant l’agacement de l’acteur.

Cette première fâcherie s’amplifiera en 1984, quand «Notre histoire» de Bertrand Blier, dans lequel il joue, n’est pas sélectionné.

Il faudra attendre la présence en compétition de «Nouvelle vague» de Jean-Luc Godard, en 1990, pour qu’il fasse un retour à Cannes en fanfare, avant de revenir en 1992 pour «Le Retour de Casanova» d’Edouard Niermans.

Mais cette nouvelle idylle ne sera que de courte durée, l’acteur déclarant même en 2006 qu’il ne montera «plus jamais les marches».

Les retrouvailles seront pourtant célébrées en 2007, pour le 60e Festival. «Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !», avait-il commenté alors.