Culture

Britney, entre mystère et fascination

Britney, entre mystère et fascination
Photo: Chantal Lévesque/MétroThomas Leblanc et Tranna Wintour, dans le «Parc Belmont» du Musée Grévin, clin d’œil à l’album Circus de Britney Spears.

En 20 ans, du Mickey Mouse Club aux déboires entourant sa santé mentale, la carrière de Britney Spears a connu son lot de rebondissements pas toujours jojo. Le cabaret Being Britney : A Pop Tragedy, de Tranna Wintour et Thomas Leblanc, en retrace les grands moments.

It’s Britney, bitch. Ou plutôt, ce sont des Britney : l’écolière qui danse le nombril à l’air à l’école dans Baby One More Time, celle qui n’est pas si innocente dans Oops!… I Did It Again, celle qui n’est plus une fille, mais pas encore une femme dans I’m Not a Girl, Not Yet a Woman, celle qui assume sa sexualité en haletant haut et fort dans I’m a Slave 4 U, celle qui chasse les paparazzi dans Everytime, mais aussi celle qui fait l’objet d’une tutelle gérée par son père depuis plus de 10 ans, malgré ses 37 ans.

La carrière de Britney Spears fascine et ne laisse personne indifférent. C’est ce qui a inspiré deux de ses plus grands fans montréalais à lui dédier un spectacle à la fois humoristique, théâtral et musical, auquel se joindront plusieurs invités. Tout a commencé en 1999 pour Tranna Wintour. «J’en étais vraiment obsédée, relate l’humoriste. Pour moi, Britney est comme quelqu’un que j’aurais connu quand j’étais enfant et avec qui j’ai le sentiment d’avoir grandi.»

L’humoriste et chroniqueur à ICI Radio-Canada Première Thomas Leblanc n’a pas toujours assumé son amour pour la pop-star native de Louisiane. «C’est un plaisir coupable qui s’est développé avec le temps. J’ai commencé à l’aimer à partir de l’album Blackout (2007), sorti après ses premiers problèmes de santé mentale, puis avec Femme Fatale (2011). Je les ai beaucoup écoutés en secret. Là, avec tout le mouvement de sympathie pour elle, je sens que je suis prêt à dire que je suis fan de Britney Spears!»

«J’ai suivi des thérapies et j’en parle souvent, donc je lui dirais : «You go girl! Même si ton lipsync n’est pas tight, I love you! (Rires)» Thomas Leblanc

Les nouvelles concernant la santé mentale de la chanteuse ont récemment défrayé les manchettes. Pas plus tard que la semaine dernière, son père aurait demandé à élargir son emprise juridique sur sa fille afin qu’elle s’applique non seulement en Californie, mais également en Floride, en Louisiane et à Hawaï.

La semaine précédente, son gérant avait déclaré que la chanteuse pourrait ne plus jamais remonter sur scène en raison de son état. Le mois dernier, on apprenait qu’elle avait séjourné dans un centre de crise, ce qui a mené ses fans à créer le mouvement #FreeBritney.

Le hasard fait que Thomas Leblanc et Tranna Wintour se produiront sur scène dans ce contexte. Mais ce n’est pas un hasard si leur spectacle se nomme A Pop Tragedy; selon eux, le parcours de Britney Spears est profondément tragique.

«Il y a un deuil à faire comme fan, parce que Britney, au début de sa carrière, dégageait beaucoup de joie», se souvient Thomas Leblanc. C’est pourquoi les profits du cabaret iront à l’organisme AMI-Québec, qui vient en aide aux proches de gens souffrant de maladie mentale.

Sur la scène du Wiggle Room, jeudi, l’état de la chanteuse sera traité avec humour. «Mais pas d’une manière qui se moque de ce qui lui arrive, assure Tranna Wintour. On le prend très au sérieux, mais je pense qu’il y a toujours une sorte d’humour appropriée pour aborder des sujets très difficiles et complexes.»

«Bizarrement, il y a quelque chose de joyeux dans tout ça, renchérit son collègue. Il y a des moments de chansons, des époques, qui mettent de bonne humeur. On veut reconnecter avec cette joie sur scène.»

«Honnêtement, j’aurais juste envie de la prendre dans mes bras! Je lui dirais : “Sois libre et sors-toi de cet enfer! (Rires)» Tranna Wintour

Si la star du film Crossroads fascine autant, c’est également parce qu’elle demeure une énigme. «Sa carrière est un mystère, parce que ce n’est pas une grande chanteuse. C’est une bonne danseuse, mais est-elle si bonne que ça?» demande Thomas Leblanc. «Non», répond­ du tac au tac sa collègue, avant qu’il reprenne : «Elle a eu beaucoup de difficultés, mais elle dure malgré ça.» Selon le duo dynamite T&T, la chanteuse est plus complexe qu’il n’y parait. «Pour moi, Britney est un miroir qui renvoie aux gens ce qu’ils n’aiment pas d’eux-mêmes», lance Thomas, sous le regard approbateur de sa complice : «Yeah! C’est vraiment bien dit».

«Elle est un miroir, mais aussi une page blanche, car il y a toujours un tas de choses qu’on ne connaît pas d’elle, poursuit l’humoriste anglophone qui commence à faire du stand-up en français. Au final, elle n’est probablement pas si intéressante que ça! Mais parce qu’elle est une page blanche, on peut projeter ce qu’on veut sur elle, que ce soit cette image de star ou celle de victime.»

«Sa vie et sa carrière sont la métaphore de l’avidité dans notre culture, de la façon dont nous vendons nos âmes pour atteindre un idéal de succès, de richesse et de matérialisme, mais pour en récolter quoi à la fin? Je suis convaincue que si elle pouvait retourner dans le passé, elle ne referait rien de tout ça», continue Tranna Wintour.

«J’imagine un univers parallèle où elle n’aurait rien fait de tout ça, reprend Thomas. L’audition avec le Mickey Mouse Club n’aurait pas fonctionné, elle habiterait en Louisiane avec ses enfants, elle danserait… Elle serait peut-être plus heureuse.»


Icône queer
Si T&T sont autant fascinés par la culture pop et ses chanteuses – ils ont auparavant consacré des spectacles à Madonna, Mariah Carey et Céline Dion –, c’est notamment parce que celles-ci sont des icônes pour la communauté LGBTQ+. «Pour les jeunes queers qui se sentaient exclus, la musique était notre façon de se sentir mieux. N’étant pas perçu comme on voulait l’être par notre entourage, ces femmes sont devenues pour nous des figures de mère ou de grandes sœurs», souligne Tranna Wintour, qui est une femme trans. Son complice compare cette passion à celle que d’autres peuvent avoir pour le hockey. «Pour les personnes queer, c’est notre sport..»