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Délivrez-nous du mal: L'«alien» en nous

La beauté et la laideur. L’un ne semble vouloir aller sans l’autre. C’est l’essence même de Délivrez-nous du mal d’Ole Bornedal. On y trouve les magnifiques paysages du Danemark
et des gens en apparence normaux qui s’assombrissent lorsqu’ils se
trouvent mêlés à une chasse aux sorcières pour retrouver le meurtrier
d’une femme. Tous les indices pointent vers un réfugié bosniaque qui n’a
pas toute sa tête.

Comme le disait Sartre, l’enfer c’est les autres. L’ennemi ne peut être
domestique, mais extérieur, prenant l’apparence de l’étranger. «Le
Danemark – tout comme plusieurs pays occidentaux et spécialement les États-Unis – a consacré beaucoup d’efforts à définir le
Mal et où il se trouve, rappelle le cinéaste. Il demeure toujours au
sein de la personne qui marche l’autre côté de la rue, jamais en soi. Et
il se retrouve dans les pays qu’on combat. Le problème, c’est qu’on ne
peut pas définir le Mal de cette façon, car il réside potentiellement
dans chacun de nous.»

Et il ne tarde pas à apparaître lorsque confronté à des drames terribles
ou lorsqu’il est question de survie, transformant l’être humain en
simple animal. «Je crois que lq culture mate la bête et c’Est ce qui la
définit réellement, explique le réalisateur. Mais la bête sera toujours
là, attendant le bon moment pour surgir… Je crois que c’est pour ça que
la religion existe. Nous avons constamment besoin de remettre en
question notre propre moralité, plus ou moins inconsciemment, ce qui
nous permet d’apprivoiser la bête.»

Elle s’exprime avec une grande déflagration de violence dans ce récit qui rappelle autant The Chase d’Arthur Penn que Le Neg’ de Robert Morin. À tel point que le metteur en scène considère Délivrez-nous comme son essai le plus inquiétant à ce jour, ce qui n’est pas rien pour quelqu’un qui a déjà campé les intrigues de Nightwatch et de son remake américain dans une morgue!

Ole Bornedal est un grand amateur de cinéma étasunien. «Je dirais que, des 10 films qui méritent d’être vus  chaque année, il y en huit qui sont
américains pour l’action et l’épopée, mais aussi pour la modernité et
l’innovation.»

Danemark c. Le monde
De Carl Theodor Dreyer à Lars von Trier, le cinéma danois – et scandinave – fascine de plus en plus de cinéphiles. S’il reconnaît que le talent est au rendez-vous, Ole Bornedal n’hésite pas à remettre les pendules à l’heure. « Il y a bien peu de Danois qui regardent des films norvégiens ou suédois et le contraire est aussi vrai. Il n’y a pas de réelle "famille" entre ces pays. Plusieurs films danois sont ou ont été des "films indépendants, expérimentaux-sociaux-réalistes" que personne ne voulait vraiment voir. À l’exception des festivals de films provocants et conceptuels qui s’adressent à un auditoire extrêmement limité et à certains journalistes qui les adorent car ils sont incompréhensibles! »

Délivrez-nous du mal
En salle dès vendredi

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