Lambert Wilson: «Je ne suis pas un saint homme»
Lambert Wilson impressionne dans Des hommes et des dieux, le drame de Xavier Beauvois consacré aux moines de Tibhirine. Entretien avec un comédien touché par la grâce.
Quelles recherches avez-vous effectuées pour mieux connaître le père Christian de Chergé?
J’ai d’abord lu un bouquin formidable, Passion pour l’Algérie de John Kiser, qui raconte toute l’histoire des moines. J’ai aussi lu des ouvrages sur Christian de Chergé et j’ai vite compris que c’était un grand intellectuel, passionné par l’Algérie. J’ai aussi regardé des photos, étudié son visage. Mais je dirais que Xavier Beauvois nous a moins demandé de jouer que d’«être» ces personnages…
La pratique du chant était-elle essentielle pour les comprendre?
Absolument. C’est l’exercice qui nous a aidés à nous rencontrer, qui a soudé le groupe d’acteurs, lui a fait perdre ses inhibitions. On n’a jamais eu de discussion particulière sur la foi, mais lorsqu’on chantait, on croyait.
Vous êtes-vous posé la question du film : les moines devaient-ils rester ou partir?
J’ai plus l’impression d’avoir été envahi par le personnage qui lui se pose la question de la responsabilité. Ces hommes étaient dans une mission extrême, celle d’aller vers l’autre en permanence. Et quelles que soient les circonstances, ils estimaient que ça valait la peine de rester, de continuer à aider, continuer à soigner, à nourrir, etc.
Les pluriels dans le titre du film ne sont pas un hasard…
C’est l’identité de mon personnage, un homme passionné par l’Algérie, par l’islam, par le dialogue inter religieux. Mais aussi parce que le film dépasse ces questions pour parler de «l’état d’homme» en général. Même votre pire ennemi, même celui qui a voulu vous trancher la gorge est digne d’une prière.
Lors du Festival de Cannes, vous ne cachiez pas votre bonheur d’avoir interprété ce personnage. C’est d’ores et déjà un moment fort dans votre carrière?
Disons que c’est le rôle de la maturité. Auparavant, j’ai eu besoin de me débarrasser de la question de la vanité. Je veux dire que par insécurité, j’ai longtemps voulu être dans la séduction. On me l’a reproché, même si c’est aussi pour cela qu’on m’a employé : parce que j’étais une belle gueule. Là, subitement, avec Des hommes et des dieux, avec La princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier, on me permet de faire des rôles pour lesquels la «gueule» est accessoire. Des rôles pleins d’émotions diverses.
Quel est votre prochain projet?
Je serai un dictateur dans Le Marsupilami d’Alain Chabat ! Un exercice de jeu pur. Et je trouve cela génial après la sobriété requise pour Des hommes et des dieux.
Quelle place occupe la religion dans votre vie?
La foi, l’amour de l’autre, l’amour du divin… Toutes ces questions me passionnent même si je ne suis pas un saint homme! Lorsque j’étais petit, je me rappelle que mes parents n’étaient pas du tout croyants. Nous vivions dans un petit village et nos voisins d’en face allaient tous les dimanches à la messe. J’étais très envieux, si bien que j’ai demandé à ce qu’on m’y emmène. En sortant, j’ai été assez déçu, je ne comprenais rien du tout, mais j’étais fasciné par le rituel. Le reste, c’est mon jardin secret…
Des hommes et des dieux
En salle dès vendredi