Hors-la-loi: épopée romanesque
Le réalisateur Rachid Bouchareb, revient sur les polémiques qui ont entouré la présentation de son film, Hors-la-loi à Cannes et défend sa vision romanesque de la guerre d’Algérie.
Comment avez-vous vécu la présentation controversée de votre film lors du Festival de Cannes?
J’étais en préparation d’un film à Los Angeles lorsque la polémique a éclaté. Lorsque je suis arrivé sur la Croisette, la veille de la projection, j’ai été un peu surpris. Les cars de CRS, l’alignement de policiers, les tireurs d’élite sur les toits… Ça n’a rien à voir avec la fête du cinéma!
Doutiez-vous que vous déclencheriez une telle polémique lorsque vous avez initié le projet?
Comment imaginer que 50 ans après la fin de la guerre d’Algérie, on en serait encore là? Que La bataille d’Alger de Gilles Pontecorvo ait suscité de violentes réactions dans les années 1960, c’est compréhensible. Mais aujourd’hui… Je crois que ça a étonné beaucoup de monde.
La guerre d’Algérie, ça reste un tabou?
Qui a interdit d’en parler en France? Personne! Mon film est une coproduction officielle entre la France et l’Algérie qui implique les ministères de la Culture des deux pays, mais aussi toutes les chaînes de télé françaises. C’est un gros budget et tous les gens qui y ont participé l’ont fait avec enthousiasme! Les décideurs ont lu une histoire romanesque qui leur a plu et qui aurait pu aussi bien se passer en Irak ou en Afghanistan. Encore une fois, les voix qui se sont exprimées pendant Cannes ne représentent pas la société française dans son ensemble.
Pourquoi avez-vous voulu raconter l’histoire de ces trois frères en particulier?
Le point de départ, c’est Indigènes et l’histoire de ces soldats africains qui sont venus libérer la France lors de la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’on a rencontré les vétérans avec mon scénariste, ils nous racontaient la suite, c’est-à-dire leur retour au pays, leurs attentes et leurs déceptions aussi. Et puis toutes ces années qui ont mené la décolonisation.
Chaque frère a une attitude différente face à la France.
Ce sont des archétypes qui résument les réactions universelles face à toute forme d’occupation. Il y a des gens qui sont indifférents, certains qui agissent par individualisme et d’autres qui s’opposent. Le thème central de mon film, c’est le sentiment d’injustice, pas la guerre d’Algérie ou cette période de l’histoire en particulier.
Hors-la-loi
Présentement en salle