Soutenez

Le carnet de voyage ensoleillé de John Talabot

Photo: Collaboration spéciale

Le Barcelonais John Talabot nous fait rêver à la douce brise de la Méditerranée avec sa house euphorique au festival MUTEK.

Avant d’être propulsé au firmament de l’électronique avec sa house édifiante et exaltée sous le pseudonyme de John Talabot, le producteur barcelonais Oriol Riverola s’est fait connaître dans plusieurs boîtes de la capitale catalane sous le nom de D.A.R.Y.L. Avec le recul, Talabot n’hésite pas à qualifier ses premières épreuves de «trop numériques et techniques» et de «pas assez humaines».

«Dans les clubs, je m’en tenais à jouer des disques de house 80 % du temps, parce que les nouvelles parutions ne m’interpellaient pas du tout, se souvient Riverola, lorsqu’on le joint sur la route entre Chicago et Manhattan. C’est alors que j’ai pris la décision de composer des pièces en réaction à cette déferlante de techno et de house très sophistiquée sur le plan technologique, mais qui souffrait à mon avis d’une grave carence en soul.»

Riverola s’inspire alors de quelques visionnaires du milieu afin de signer des compositions étonnantes faites de mélodies pop mystiques. Il évoque d’ailleurs l’œuvre des producteurs britanniques James Holden, avec sa techno réinventée, et Burial, avec ses fins traits de dub céleste, «qui ont réussi à insuffler une sensibilité organique tout à fait hallucinante dans leurs rythmiques électroniques».

Les judicieux instincts de Talabot auront certainement porté fruit. Son sublime et très émouvant premier album, ƒIN, a créé une onde de choc dans le monde de la musique l’an dernier, se classant en tête d’innombrables palmarès de fin d’année et relevant le pari non négligeable de conquérir le cœur des connaisseurs ainsi que des mélomanes qui en étaient à leurs balbutiements en terre dansante. Des échantillons vocaux conjuguant avec brio euphorie et mélancolie, des rythmes aériens et des nappes de synthés se prêtant aussi bien aux planchers de danse qu’à l’écoute tranquille, des basses robustes et hypnotisantes : bref, des éloges tout à fait mérités pour celui qui avait assuré la première partie de The xx il y a à peine un an.

Pourtant, Talabot est à mille lieues des businessmans à la David Guetta qui veulent «s’attirer les kodaks» et accéder à la gloire clinquante des cabines de DJ surélevées d’Ibiza. Il préfère plutôt se recouvrir la tronche quant à son matériel promotionnel, question de préserver un certain anonymat et de laisser sa musique parler d’elle-même. Dans la même optique que ses collègues masqués SBTRKT et Deadmau5, quoique Talabot ne tombe pas dans le piège du spectacle costumé, préférant se produire à visage découvert. L’homme aux pulsations tropicales intemporelles sera accompagné à MUTEK de son compatriote Pional aux vocalises, lui qui endisque sa house éblouissante et tout en langueur sur le label de Talabot, Hivern Discs.

Bien que Talabot reconnaisse d’emblée la grande attention médiatique que reçoit sa ville natale grâce aux événements d’envergure internationale que sont devenus les festivals Primavera Sound et Sónar (qui fêtera son 20e anniversaire le mois prochain), il lance tout de même l’idée que ces manifestations estivales appauvriraient un peu la scène locale. «Je ne veux rien enlever à ces festivals, qui mobilisent une grande partie de la communauté barcelonaise. Mais à certains égards, ces gros événements ont comme conséquence de restreindre la portée du nightlife à Barcelone. Les gens sont alors un peu moins à l’affût des concerts et des soirées en boîtes qui ont lieu pendant les 50 autres semaines de l’année. Si on veut contribuer au maintien d’une communauté électronique locale en santé, je crois qu’il ne faudrait pas perdre ça de vue.»

Créer dans l’urgence de la crise
Lorsqu’on lui demande de préciser des propos sur la précarité économique de l’Espagne qu’il avait tenus au journal britannique The Guardian, John Talabot répond : «C’est certain que les jeunes en arrachent ces temps-ci. Ils peinent à décrocher un boulot, et le taux de chômage en Espagne a atteint un plafond plus que préoccupant, mais les gens ont aussi plus de temps à se consacrer à ce qu’ils veulent vraiment faire.»

«Avant, en Espagne, les artistes avaient l’habitude d’attendre (parfois très longtemps) pour obtenir des bourses et des subventions de l’État pour leurs projets, enchaîne-t-il, alors que maintenant, ils savent que personne ne va les aider. Je pense que le moment difficile qu’on traverse peut se transformer en période de création très fertile.»

[soundcloud url= »http://api.soundcloud.com/tracks/77915691″ params= » » width= » 100% » height= »166″ iframe= »true » /]

John Talabot
Avec Âme, Cloudface, Laurel Halo, John Roberts et Efdemin
Au Métropolis
Samedi

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.