Les 4 soldats, pas un film de guerre
Récompensé au festival Fantasia par le prix du public, Les 4 soldats, le dernier film de Robert Morin, prend l’affiche la semaine prochaine. Sur fond de guerre civile, le réalisateur du Neg raconte dans ce film le début d’une amitié, mais porte aussi un regard sur la création.
Bière à la main, Robert Morin semble des plus détendus. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à la première du film, raconte-t-il. «Je me levais le matin et j’étais angoissé, j’avais le cou tendu!» en rit-il aujourd’hui. Les 4 soldats a sorti son réalisateur de sa zone de confort. S’il est actif dans le milieu du cinéma depuis plus de 25 ans, c’est la première fois que Robert Morin fat un conte.
«Ça faisait un bout de temps que j’avais l’idée de faire un film raconté comme un conte», explique le réalisateur de Papa à la chasse aux lagopèdes et de Journal d’un coopérant. C’est la lecture du livre de Hubert Mingarelli qui lui a donné l’inspiration avant de se lancer.
«Je me suis retrouvé dans ce personnage-là qui s’ennuie d’une grande amitié qui n’est plus là et qui essaie de la relater de la façon la plus juste possible sans y parvenir, raconte Robert Morin. J’étais un peu dans cet état de mélancolie quand j’ai lu le roman parce que je suis à l’âge où on perd des amis.» C’est ainsi que Robert Morin s’est retrouvé à faire un film sur une amitié qui se tisse en temps de guerre, dans un genre contemplatif qui l’éloigne de la verve satirique qui lui est généralement associée.
Les 4 soldats n’est toutefois pas un film de guerre. Le conflit est omniprésent, sans toutefois faire partie de la quête des personnages. «C’est une guerre qui pourrait peut-être arriver un jour ou qui est déjà arrivée, mais ce n’est pas important», dit Robert Morin, expliquant que la véritable histoire est celle d’une grande amitié entre des hommes et une femme qui finissent par former une sorte de famille. Ces soldats prennent le rôle qui leur revient : Dominique, la narratrice (Camille Mongeau) devient la mère du groupe, Matéo (Christian de la Cortina), le père, et Big Max (Antoine Bertrant), Kévin (Aliocha Schneider) et Gabriel (Antoine L’Écuyer), les enfants. «Ce sont des gens qui sont au service d’une leçon de vie», résume Robert Morin.
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Si le film est mélancolique, il contient néamoins ses parcelles de lumière, nuance le cinéaste. «D’un côté le film est triste parce que Dominique perd ses amis, mais en même temps le bon côté, c’est qu’elle écrit son premier roman. Un roman vraiment sincère, qui coule de source», explique-t-il. Privée de cette amitié qui a changé sa vie, la narratrice se retrouve à devoir l’immortaliser sur papier. De la même façon, Robert Morin avoue s’être fait prendre au jeu par son propre film, qui l’a amené vers une réflexion sur la création. «Je me suis ramassé à faire un film pour lequel je n’avais pas mes vieux repères. Donc, pour moi-même, ça a un peu fait la même chose que pour le personnage du film qui se retrouve, même si elle n’a jamais voulu écrire, à se faire romancière.»
Le réalisateur a voulu développer dans ce film un côté mystique, avec les éclairages et l’utilisation de plans-séquences notamment. Pour la musique, il est allé demander à Patrick Watson d’appuyer cette ambiance. «Je ne voulais pas faire un film réaliste, alors qu’on est beaucoup là dedans dans le cinéma québécois ces temps-ci», explique le réalisateur, qui n’est pas près de faire ses adieux au cinéma.
En plus du film Les 4 soldats, il travaille présentement sur trois autres projets (3 histoires d’indiens, Deux étrangères et Un problème d’infiltration) dont l’un est une comédie. «Après ça, ce sera sûrement là que ça va se terminer», laisse-t-il tomber. À moins qu’il ne soit emporté par un vent d’inspiration.
Longue histoire
Entré par la porte de la peinture et de la photographie, Robert Morin a un large éventail de films à son actif, dont plusieurs ont reçu des mentions. Déjà, plusieurs organismes, dont la Cinémathèque québécoise, ont fait des rétrospectives sur son œuvre. Il a notamment réalisé Yes Sir! Madame…, Le Nèg, Papa à la chasse aux lagopèdes et Que Dieu bénisse l’Amérique.
S’il a beaucoup donné dans la critique sociale, il a voulu explorer autre chose avec Les 4 soldats. D’abord, «on ne peut pas toujours être fâché!» lance-t-il avant de poursuivre sur un ton plus posé: «Il ne faut pas être systématique. Et je me félicite d’une chose : d’avoir fait quelque chose de nouveau, qui m’a appris des choses». Le réalisateur ajoute qu’il compte très certainement refaire ce genre de film plus contemplatif.
Robert Morin a fondé avec des collègues en 1977 La Coop Vidéo de Montréal, qui aura bientôt 40 ans. La boîte de production lui permet autant de s’investir dans des projets d’envergure que dans des courts métrages à petit budget.
S’il dit se remettre de plus en plus à la peinture et à l’écriture, le septième art fait toujours partie de ses modes d’expression.
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Les 4 soldats
En salle dès le 16 août