Testament, de roman à pièce de théâtre
«La première lecture [du texte] qu’on a faite, juste avec l’équipe, c’était tellement sage, ça avait l’air d’un cérémonial. Je me disais, O.K., Vickie, c’est pas ça qu’elle voudrait. Elle voudrait qu’on brasse ça un peu», admet Éric Jean, metteur en scène et responsable de l’adaptation théâtrale du roman Testament, de Vickie Gendreau, sur scène au Quat’sous dès ce soir.
«On a donc travaillé dans ce sens-là, remué un peu les affaires. [On a été] un peu plus délinquants», poursuit Éric Jean. Vickie Gendreau avait avoué au metteur en scène qu’elle avait d’abord voulu écrire Testament pour le théâtre, lorsque celui-ci l’avait contactée, troublé après sa lecture, pour lui demander s’il pouvait adapter le roman. «Elle m’a dit: “Je serais vraiment honorée, je te le donne, t’en fais ce que tu veux.”»
Malgré la noirceur qui, de prime abord, se dégage du texte, la pièce qui habitera le Quat’sous jusqu’au 30 mars symbolise aussi, d’une façon, quelque chose de lumineux. «J’ai vu ça comme une pulsion de vie, ce livre. C’est un désir de vivre à 100 milles à l’heure, avant que ça se termine. Son roman n’est pas parfait, mais ce qui est le plus important, c’est sa fougue et son besoin de nommer, de dire. Ça, c’est venu me chercher.»
Le spectacle est aussi le portrait d’une génération, selon M. Jean. «On la connaît, l’histoire. Une fille qui est condamnée et qui va mourir. Mais l’intérêt, c’est comment on raconte ça, avec quels mots.»
Pour adapter le roman, Éric Jean était accompagné de Sébastien David, jeune acteur, auteur et metteur en scène. Chacun a choisi, de son côté, les éléments qui lui semblaient les plus importants du texte. «C’est comme si on avait rendu ça un peu plus limpide.» Le rôle principal de cette pièce sans dialogues sera joué par Jade-Mariuka Robitaille. «Un criss de beau rôle», lui aurait glissé à l’oreille Vickie, apprenant qui allait la jouer.
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Sans vouloir entrer dans le détail, Éric Jean évoque qu’il y aura dans sa pièce une trame musicale et des éléments de danse; des aspects qui faisaient partie de l’univers de Vickie Gendreau. «Pour moi, c’était clair dès le début qu’il devait y avoir de la musique dans le show. La musique était tellement importante dans la vie de Vickie!» Pour compléter l’univers de l’auteure, une œuvre poétique connexe à la pièce, inspirée d’une photo de Vickie, est aussi réalisée. Pour y contribuer, le public est invité à remplir un pot de verre (un fameux pot Mason) de quelque chose qui lui fait penser à l’auteure et à l’apporter au théâtre.
Vickie Gendreau avait 24 ans lorsqu’elle est décédée en mai dernier, des suites de la tumeur cérébrale qui l’avait poussée, dans l’urgence, à mettre en mots son legs. Reste que Testament ne relate pas la vie de la jeune femme. «D’après ce qu’elle m’a dit, elle a changé des affaires [dans son œuvre]. C’était une romancière. Elle aurait appelé ça “autobiographie”, sinon.» Mais la nuance peut être subtile, concède Éric Jean. «C’est dur d’avoir une distance pour les gens. C’est très très dur. Et ça, c’est aussi notre défi par rapport au spectacle.»
Extrait du roman
«J’aimerais ne jamais avoir connu la douleur. J’aimerais ne jamais avoir ouvert la bouche, prononcé mon premier mot, bonne qu’à marcher, à me faire marcher. Jamais la bouche ouverte des oreilles dilatées. J’aimerais être conne et moche, ne rien comprendre. J’aimerais être morte à douze ans, le cerveau naïf, avec le papier de toilette qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, innocence barbe à papa.» – Vickie Gendreau, Testament, Éditions Le Quartanier
Testament
Au Théâtre de Quat’sous
Dàs lundi soir, jusqu’au 30 mars