Tracks: Mia Wasikowska dans un désert de solitude
En 1977, Robyn Davidson a 27 ans, 4 chameaux, un chien et un désir de solitude immense qui la pousse à parcourir 2735km dans le désert australien. De cette expérience, elle a tiré un livre, Tracks, que le réalisateur américain John Curran met aujourd’hui en images.
Six mois dans le désert, seule, avec pour uniques compagnons des chameaux et un chien. À marcher, les épaules brûlées par le soleil, sans autre but sauf celui-là, marcher, traverser des étendues de sable et se trouver, peut-être, un peu.
En Australie, Tracks, de l’aventurière Robyn Davidson, possède une aura quasi mythique. Et on comprend qu’en transposant ce récit à l’écran, le réalisateur new-yorkais John Curran a fait preuve de respect, d’écoute, de sobriété. Les dialogues sont rares, les non-dits nombreux, les étendues désertiques. L’action se dévoile et coule doucement. «J’ai l’impression que c’est antithétique pour beaucoup de films d’utiliser le silence comme personnage», remarque le cinéaste au bout du fil. Lui, pourtant, n’a pas hésité à le faire, trouvant le rythme au cœur de ces moments de calme, «sans chercher à les remplir avec des sons délirants ou des effets spéciaux».
C’est l’actrice australienne Mia Wasikowska qui incarne cette solitaire endurcie. Adam Driver, que beaucoup connaissent pour sa participation à la télésérie Girls, personnifie quant à lui un de ses amis. Un photographe, employé du National Geographic, qu’on devine légèrement amoureux, et qui débarque parfois dans le désert pour prendre quelques poses de l’héroïne; pour la prendre aussi dans ses bras. Un drôle de bonhomme, un peu maladroit, qui cite cette pensée du photojournaliste David Burnett voulant que «les meilleures photos soient motivées par les émotions humaines».
C’est d’ailleurs cette citation qui est devenue, en quelque sorte, un mantra pour John Curran et son équipe. «On avait conscience d’avoir la chance, avec ce projet, de pouvoir explorer des thèmes et des sentiments universels sans devoir forcer sur le drame ou sur les situations amoureuses humoristiques. On sentait qu’on pouvait créer quelque chose de profond», confie le réalisateur.
Il faut dire que Robyn Davidson est une femme discrète, secrète. Et qu’elle n’a jamais véritablement révélé les raisons pour lesquelles elle a entrepris sa traversée titanesque. En ouverture de film, on entend d’ailleurs la randonneuse affirmer en voix off: «Quand on me demande pourquoi je fais ça, je réponds toujours: pourquoi pas?».
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«Je crois que cette question, ce pourquoi, l’énervait – et l’énerve toujours – au plus haut point, remarque John Curran. Les gens voulaient une réponse simple, et elle n’avait pas de réponse simple. Même aujourd’hui, quand on l’interroge à ce sujet, elle rétorque que ça fait trop longtemps. Qu’elle ne se souvient plus.»
Mais à quoi bon vouloir toujours tout expliquer? C’est d’ailleurs ce mystère qui donne son cachet et sa force à l’héroïne, l’entraînant loin des clichés hollywoodiens. «Sans aucun doute, il s’agit d’un personnage difficile, souligne le réalisateur. Elle se questionne sur elle-même. Elle veut trouver sa place. Et je crois que ce désir d’indépendance n’est pas forcément quelque chose de négatif. Ce n’est pas forcément antisocial. Ce n’est pas forcément la marque de quelqu’un qui fuit.»
Et cette idée de se couper du monde, de ne plus voir âme qui vive, ou presque, le cinéaste trouve ça comment? «Partir pendant des mois et n’avoir personne à qui parler me semble à la fois merveilleux… et terrifiant. Vraiment terrifiant. Et puis, je ne suis pas un gars de désert. Mon endroit préféré, c’est mon chalet à Algonquin Park. Vous voyez le genre? J’aime les bois, la forêt. Mais je pense que ça faisait partie de l’aventure: voir si je pouvais m’y rendre à mon tour et trouver la beauté qui m’avait échappé.»
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Tracks
En salle dès vendredi