Les ondes positives de MUTEK
Toujours à l’affût de ce qui se fait de mieux sur la scène électronique, MUTEK a concocté une délectable programmation pour sa 13e édition, qui se tiendra du 30 mai au 3 juin. Dans le cadre du prisé, couru et pointu festival, Ben Shemie, également guitariste et chanteur de Suuns dans son autre vie, nous présentera Transmission 1. Explications.
Avec Transmission 1, projet éclaté qui prendra vie le 31 mai à 20 h dans le cadre de MUTEK, le compositeur Ben Shemie (ci-dessus, à droite) invite les Montréalais à syntoniser deux stations de radio. La première est la francophone CIBL 101,5 FM et l’autre l’anglophone CKUT 90,3 FM. Ce faisant, les auditeurs pourront entendre une seule pièce, la sienne, faite de sons électroniques, d’instruments acoustiques et de bruits ambiants tirés de l’actualité. Une pièce qui deviendra complète par la synchronisation de deux récepteurs. Excitant!
Lorsqu’on le rencontre pour discuter de son projet, Ben semble véritablement triper. «Quand j’en parle autour de moi, la plupart des gens trouvent ça cool, mais il arrive qu’on me dise : ‘‘Oh ouais, whatever’’. Et je n’arrive pas à croire qu’on me réponde ça! Ça résonne tellement en moi, ce projet!»
Celui qui est également chanteur et guitariste de l’excellent groupe Suuns explique qu’il a été inspiré, un peu, par René Lussieur, compositeur de musique actuelle qui, en 1989 a enregistré le disque Le trésor de la langue. «Depuis la parution de cet album, beaucoup de personnes ont écrit de la musique pour la voix parlée, souligne-t-il. C’est un peu ce que j’ai tenté de faire, mais pas tant. It’s been done. Je n’ai pas voulu refaire ce qui avait déjà été fait!»
Ben Shemie est doublement heureux de présenter cette idée à MUTEK, son «festival préféré à Montréal» dans le cadre duquel il s’était déjà produit en 2008. «C’est complètement différent cette fois-ci. J’ai adopté une approche beaucoup plus électronique», assure-t-il. C’est d’ailleurs depuis cette année-là qu’il s’est mis à préparer l’événement Transmission 1. «En plus des instruments que l’on entend, j’ai également inséré une voix parlée, ainsi que des sons de ce qui se passe ici, à Montréal. Ça donne une dimension plus radiophonique à l’ensemble.»
Reconnaissant, Ben remercie «les organisations comme MUTEK de donner aux artistes la confiance de continuer à faire de la musique». «Il n’y a pas beaucoup d’événements comparables à MUTEK, ni ici, ni ailleurs dans le monde, ajoute-t-il. C’est un festival très pointu, recherché, qui évite de devenir trop grand. Si tu achètes une passe – et que tu as de l’énergie! –, tu peux tout voir!»
Et si c’est Transmission 1 que vous voulez voir, ou plutôt entendre, Ben Shemie propose trois options. «La première, c’est d’amener vos deux postes de radio et de retrouver d’autres gens dans le parc en face du Monument-National afin d’écouter la pièce dans un environnement public, tous ensemble. La seconde, plus formelle, c’est d’opter pour un siège au Monument-National. Ma composition sera la première pièce que les spectateurs pourront entendre dans le cadre de la soirée A/Visions 2. Au niveau sonore, je crois que ce sera la représentation la plus belle, la plus claire.» Et finalement, la troisième façon de vivre cette radio live transmission, comme le chantait Joy Division? «À la maison, avec deux postes. En faisant jouer une radio dans la cuisine et une autre dans la salle de bain, par exemple!»
Avec Transmission 1, le follement créatif compositeur aurait-il concocté une ode au médium radiophonique? «J’aimerais dire que oui, mais ça serait faux. Certes, comme beaucoup de gens, j’ai grandi en écoutant la radio. Surtout CHOM-FM! J’écoute beaucoup CBC/Radio-Canada et, comme la plupart des Québécois et des Canadiens, j’ai une opinion très forte au sujet de ce qu’ils font. Soit j’adore, soit je hais, car je sens que, quelque part, ça m’appartient un peu. Mais c’est surtout l’aspect scientifique qui m’intéresse. Autour de nous, il y a toutes ces ondes qui existent, mais ça prend une radio pour les entendre. Je trouve ça cool de prendre deux fréquences pour le concert. Pendant 15 minutes, dans toute cette mêlée, il y aura une vraie synchronisation des ondes. C’est ce que j’aime de ce projet : tout le monde à Montréal peut embarquer!»
Les suggestions de Ben
- Shackleton et Jeff Mills, le 31 mai à 22 h au Métropolis
- Nicolas Jaar, le 1er juin à 22 h au Métropolis
- «Et ma troisième suggestion pour MUTEK, c’est tout simplement d’y aller!»