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La pop noire de Grand Blanc

Photo: Adrien Landre\collaboration spéciale

Entre désœuvrement magnifié et urgence exaltée, la formation française Grand Blanc revisite une certaine esthétique «eighties».

«Pop noire», «cold wave», «héritiers de Bashung», «descendants de Joy Division»: qu’importe les étiquettes qu’on lui accole, la formation française Grand Blanc distille un climat électropop glauque mais captivant. Discussion avec Benoit David, le parolier et une des deux voix de la formation.

D’où vient le nom Grand Blanc?
De partout et de nulle part à la fois. Nous, nous venons du nord-est de la France. Certes, on n’y trouve pas les hivers canadiens, mais il gèle quand même et il y a beaucoup de neige. Le côté hivernal et froid était donc essentiel pour illustrer notre approche.

Quelle était votre ligne directrice lorsque le groupe a été constitué, il y a deux ans?
On venait de quitter Metz (Lorraine), notre ville natale, pour aller étudier à Paris. Du coup, la question de savoir d’où on venait s’est posée, même si ce n’est pas une ville où il se passe beaucoup de choses. On commençait à sortir de notre adolescence et on s’interrogeait sur notre identité, tout en voulant passer à l’âge adulte.

Lorsqu’on regarde vos vidéoclips, la thématique du désœuvrement est omniprésente.
Oui, clairement. Nous ne sommes pas des gens négatifs, mais nous avons concocté un disque assez noir, assez hargneux, parce que nous voulions régler certaines questions, explorer une manière de vivre dans un univers plutôt sombre. Le désordre était en quelque sorte notre matériau.

Parlant de désordre, on vous a comparé à Joy Division, mais on peut aussi entendre le cri de Ferré, lui qui parlait de «l’ordre sans le pouvoir»…
C’est une formule qui nous sied bien. Nous ne sommes pas forcément politisés, mais nous faisons de la musique d’individus esseulés. Du coup, ça donne une musique d’anars. Quant à Joy Division, je faisais allusion, en écrivant la petite bio dont tu parles, à une photo de Bashung qui porte un t-shirt de Joy Division. Pour nous, cette image représentait une époque où les artistes français étaient tournés vers la scène «indy» anglaise et essayaient des choses dans leur langue, sans être forcément bloqués dans le format «chanson».

«On a beaucoup “bloqué” sur la science-fiction et le cyberpunk. On a été très touchés par le faux documentaire surréaliste My Winnipeg, de Guy Maddin. Ce film ressemble à notre vie et au rapport qu’on avait avec Metz: recréer du quotidien pour le rendre imprévisible. C’était pour nous très étrange de découvrir dans un autre art, et par quelqu’un d’une autre génération, quelque chose qui nous semblait pourtant si proche.» – Benoit David, parolier de la formation française Grand Blanc

Complétez la phrase suivante: Le sentiment d’urgence permanent dans la musique de Grand Blanc est imputable à…
L’incapacité du discours à exprimer les choses par rapport à la vie. On prend la langue pour penser, pour être, pour saisir le monde, on la tord dans tous les sens, mais ça ne veut pas toujours dire quelque chose. Donc, de la musique jaillit une manière de s’exprimer qui est plus proche de ce qu’on ressent vraiment.

Vous dites faire de la pop noire…
Nous utilisons la référence à ce genre musical underground, même si nous ne sommes pas un groupe très «indy» ou «lo-fi». Notre musique est produite proprement, et nous appartenons à un label de musique populaire. Cependant, nous aimons employer certaines références underground. Bref, refaire les choses à notre manière en y intégrant la pop. C’est une façon de frayer avec le kitsch, avec le loufoque, et de jouer avec la mesure et la démesure. Ce qui est cool quand tu fais une musique qui n’est pas vraiment toi, c’est qu’elle devient partageable. Si c’est juste des épanchements sur du papier et une guitare, personne n’en fera rien.

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Grand Blanc
Sur la scène Ford lundi soir à 23h
En première partie de Fauve mardi à 21h

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