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Le film noir, un genre pas tuable 

Humphrey Bogart et Gloria Grahame dans "In a Lonely Place" de Nicholas Ray. Photo: Gracieuseté, pixelleX communications

Depuis 2015, des films noirs sont présentés pendant la saison estivale sur les berges du canal de Lachine, attirant parfois plusieurs centaines de personnes. Qu’est-ce qui explique cet engouement pour un style cinématographique né il y a plus de 80 ans? 

Sombres et violents, les films noirs racontent des récits pessimistes et tragiques mettant souvent en scène des personnes ordinaires qui commettent un crime, volontairement ou pas. 

Pour le directeur général, programmateur et fondateur de Film Noir au Canal, Serge Turgeon, le film noir est un genre intemporel, puisqu’on peut y parler de tout – amour, trahison, amitié, vices… Et cela, sans compter le langage visuel de ce cinéma, dont la beauté est inégalée, estime-t-il.  

« C’est un style qui a bien vieilli, parce que c’est un cinéma pour adulte, intelligent et moderne, explique le cinéphile. La photographie est très belle, il y a une sorte de subversion qui plaît encore aux gens et ce sont tout simplement de bons thrillers. » 

Une photographie inspirée de l’expressionnisme allemand et du réalisme poétique français, précise-t-il, puisque plusieurs artisan.e.s d’Europe s’étaient exilé.e.s aux États-Unis pour fuir la guerre. 

En matière de narration, si l’on fait souvent référence aux romans policiers hardboiled (durs à cuire), pour Serge Turgeon, les histoires de détectives privés, comme Le Faucon maltais de John Huston, ne sont pas des récits classiques du film noir.  

« Quand on s’intéresse à la résolution du crime plus qu’au criminel, ce n’est pas tout à fait un film noir », soutient-il. 

Un genre prolifique 

Né après la mise en place du code Hays, qui avait pour but de réguler le contenu de la production cinématographique dès les années 1930, le film noir a dû jongler avec cette censure, ce qui aurait selon Serge Turgeon influencé les codes formels et narratifs qui le caractérisent. 

« Il y a beaucoup de gens qui revenaient de la Deuxième Guerre mondiale, qui avaient des chocs post-traumatiques et qui voulaient parler de l’anxiété au cinéma. Il y avait aussi des homosexuels dans l’industrie cinématographique et le code Hays ne leur permettait de montrer sous aucune forme l’homosexualité à l’écran. » 

Des films comme Desert Fury de Lewis Allen et The Big Heat de Fritz Lang – présenté le 5 août à la Cinémathèque québécoise – font ainsi subtilement référence à l’homosexualité, dit-il.  

En revanche, le film noir avait l’avantage d’être généralement de série B, ce qui fait qu’il était moins importuné par la censure, affirme Serge Turgeon. 

« Selon la Film Noir Foundation, il y a eu 350 à 400 films noirs américains pendant la période classique et 80 % étaient des films de série B présentés au début des programmes doubles », raconte le cinéphile.  

Not only made in USA 

Lorsqu’on lui demande s’il y a des films noirs québécois, Serge Turgeon mentionne Roche Papier Ciseaux de Yan Lanouette Turgeon qui a déjà été présenté à Film Noir au Canal. 

Autre exemple : Réjeanne Padovani de Denys Arcand qui selon le directeur du festival, est un film néo-noir à la Jean-Pierre Melville, réalisateur français dont il a également programmé plusieurs films jusqu’à maintenant. 

« Notre ambition, c’est d’être une cinémathèque en plein air. On a attiré 400 personnes [le 23 juillet] pour la projection de Quai des brumes de Marcel Carné. » 

La prochaine projection, qui aura lieu le 6 août, est In the Lonely Place de Nicholas Ray, un film produit en 1950 où un scénariste en proie à des crises violentes est accusé du meurtre d’une serveuse, mais est disculpé grâce au témoignage de sa voisine amoureuse de lui. 

Le film sera précédé du court métrage Arcano Veneziano que Serge Turgeon a lui-même réalisé pendant un séjour en Italie. On pourra également assister à une prestation musicale du Ukulélé Club de Montréal. 

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