10:00 29 mai 2021 | mise à jour le: 10 juin 2021 à 10:07 temps de lecture: 4 minutes

La surenchère dans le marché immobilier: un constat plus qu’inquiétant

La surenchère dans le marché immobilier: un constat plus qu’inquiétant

Les gouvernements fédéral et provincial laissent les familles de la classe moyenne dans une danse dont seules les plus pourvues peuvent suivre la cadence, comme dans une arène de combat digne des temps des gladiateurs.

Au dire des courtiers immobiliers, le gouvernement Legault leur avait interdit de mettre de nouvelles maisons sur le marché au printemps 2020, lors de la première vague de la Covid-19. Ce manque a fait flamber les prix des maisons, et les acheteurs pour mettre la main sur une unité unifamiliale ou un plex, vont offrir jusqu’à 100 000$ de plus que le prix initial, et ce, aveuglément, sans inspection ni prendre le temps de bien lire la déclaration du vendeur, voire le rapport d’inspection, s’il y en a. Cette folie furieuse n’aura pour conséquence que d’appauvrir davantage la classe moyenne qui fait surtout l’objet des discours de campagne des candidats des deux paliers gouvernementaux. Les familles déjà désemparées, face à cette crise de logement qui sévit dans la province, doivent en plus entrer en compétition pour acheter une première maison, au mépris et au silence sinistre des deux gouvernements. Dans cette surenchère où les courtiers immobiliers s’érigent en coach et arbitres pour augmenter leur commission, les perdants sont les familles en quête d’espace et qui veulent offrir un minimum de confort à leurs progénitures. La pandémie nous ayant obligés le télétravail pour briser les chaines de transmission, beaucoup voient la nécessité d’avoir plus d’espace dont un bureau dans leur nouvelle demeure. Une réalité qui alimente exagérément l’ambition des éternels insatisfaits.

Sans vous cacher, en tant qu’enseignant qui ne gagne pas plus que 55 000$ par année, je suis désormais déclassé, et impossible pour moi d’acheter une maison dans cette vente aux enchères. J’ai déjà offert 29 000$ et 30 000$ de plus sur deux maisons sur la Rive-Sud de Montréal, mais aucune d’entre elles n’a été acceptée. Pour une maison dont le prix demandé est 409 000$, le courtier du vendeur m’a demandé d’augmenter mon offre à 500 000$. C’est 91 000$ de plus. À qui profite cette situation? Dans ce « jeu force à couper », les familles de la classe moyenne s’endettent doublement, ce qui va augmenter leur lot de stress, de pression, voire s’il vient une perte d’emploi ou une invalidité. Ce constat laisse perplexes celles et ceux qui ont à cœur le bien-être des familles. Cette situation est loin d’améliorer le sort de ces dernières, sachant que l’achat d’une propriété est une dette qu’on contracte pour 25 ans. Acheter une maison à 100 000$ au-dessus de sa valeur réelle signifie 333,33$/mois sur l’hypothèque sur 25 ans, hormis l’intérêt cumulé.

Les questions à se poser : Qu’est-ce qui empêche gouvernement Legault d’y intervenir? Gagne-t-il à appauvrir la classe moyenne qui constitue la majorité des contribuables? Il ne faut pas oublier que celle-ci représente la majorité de l’électorat. Donc, l’indifférence

du gouvernement indique qu’il consent ce qui se passe actuellement dans l’immobilier au Québec, alors qu’il est le principal responsable, si on se fie aux déclarations des agents. Nous espérons que le premier ministre lui-même va intervenir avant que cette situation ne perdure trop longuement. Les municipalités doivent aussi se prononcer, car trop de propriétés se vendent bien au-delà de leur valeur actuelle sur le marché, au vu et au su de celles et ceux qui nous représentent.

M. Legault, Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée nationale, n’attendez pas une explosion immobilière avant de vous prononcer. Si vous ne faites rien maintenant, trop de gens vont être évincés de leur logement, trop de camps de fortunes vont s’installer le long des routes, car aucun salarier n’a une augmentation de 50 000$ voir 100 000$ dans une vie. Cette tendance est en train de créer une plus grande faussée entre les riches (5 %) et celles et ceux de la classe moyenne (85 %). Ce fardeau est bien trop lourd à porter par ces travailleuses et travailleurs qui ne dépendent que de leur paye versée aux deux semaines. Nous en faisons assez pour être des oubliés. Nous payons davantage d’impôts que nos compatriotes des autres provinces canadiennes et nous en recevons moins. Alors, Mesdames, Messieurs les parlementaires, faites votre devoir.

Wadner Isidor

Enseignant

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