Débats

Cette élection apportera-t-elle une nouvelle approche de la sécurité publique?

Photo: Archives/Métro Média

Les prochaines élections municipales pourraient s’avérer être un tournant pour la sécurité publique à Montréal. Alors que les deux plus grands partis ont mis l’accent sur l’augmentation du financement de la police et rien d’autre, de nouvelles idées surgissent de trois autres partis qui suggèrent une approche plus holistique et communautaire de la sécurité publique. 

La politique de la peur a joué un rôle central dans la campagne actuelle et a produit une vision étroite de la sécurité publique. Dès le début, Denis Coderre et Ensemble Montréal ont instrumentalisé une série de fusillades récentes pour affirmer que Montréal n’est plus une ville sécuritaire – et Projet Montréal est à blâmer. Bien qu’à court de politiques spécifiques, Coderre a souvent dit que le SPVM manque de 250 policiers et doit être « mieux financé ». 1 

Valérie Plante et Projet Montréal, tout en niant que Montréal soit une ville dangereuse, affirment également qu’il faut davantage de fonds policiers, en grande partie pour lutter contre la violence armée. Le plan de sécurité publique de 110 millions de dollars du parti comprend 96 millions de dollars de nouveau financement pour la police et un engagement à augmenter ce financement chaque année au fur et à mesure que les coûts de personnel et autres augmentent. 

Augmenter le financement de la police pour répondre à la violence armée n’a aucun sens. La criminalité par arme à feu représente une infime partie de la criminalité globale (moins de 1 %), 2 tandis que répondre aux affaires criminelles en général représente moins de la moitié du travail globale de la police 3. Même si des ressources policières étaient nécessaires pour lutter contre la violence armée, ce n’est pas évident, le reste du budget de la police devrait faire l’objet d’un débat. 

Ce débat a bel et bien lieu. Au cours des dernières années, les villes partout en Amérique du Nord ont repensé la sécurité publique de manière impressionnante, et Montréal ne fait pas exception. Cela implique en partie d’examiner les types de problèmes de sécurité qui sur-viennent dans les villes et d’envisager le type de réponses les plus adaptées pour les ré-soudre. Dans la grande majorité des cas, la police n’est tout simplement pas la meilleure réponse. Les exemples les plus évidents sont les crises de santé mentale, l’itinérance et les surdoses de drogue – des situations qui nécessitent des soins spécialisés plutôt que l’application de la loi. 

Repenser la sécurité publique, c’est aussi se pencher sur les situations qui sont actuelle-ment criminalisées et se demander si cela prévient ou non des préjudices. Le travail du sexe, par exemple, serait beaucoup plus sûr s’il n’était pas criminalisé, tandis que les méfaits qui découlent parfois de la consommation de drogues sont mieux traités par une gamme de services de réduction des méfaits, et non par la répression policière. 

Alors que les deux plus grands partis sont attachés au statu quo, trois autres partis évoluent dans une direction différente et meilleure. Mouvement Montréal, par exemple, s’engage à réaffecter au moins 100 millions de dollars de fonds policiers à d’autres services, notamment le logement social, les programmes sportifs et les services sociaux. Plutôt que d’utiliser l’argent public pour surveiller les personnes en situation d’itinérance, Mouvement propose d’utiliser cet argent pour leur fournir un logement. Plutôt que de payer pour contrôler les symptômes de la pauvreté, de l’exclusion et de la maladie mentale, Mouvement veut s’attaquer à la racine de ces problèmes eux-mêmes. 

Deux partis d’arrondissement proposent également de nouvelles idées. Quartiers Montréal (basé à Villeray-Saint-Michel-Parc-Ex) et Courage Montréal (basé à Côtes-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce) proposent de redistribuer une partie du financement de la police à d’autres services. Quartiers, à l’instar de Seattle, souhaite analyser les appels au 911 de la ville pour voir quelles sortes de réponses différents types d’appels nécessitent réellement et organiser une consultation publique pour développer un système de réponse « à plusieurs niveaux ». 

Courage Montréal vise à éliminer les règlements sur les « incivilités » qui, plutôt que de promouvoir la sécurité publique, ciblent injustement les communautés marginalisées. Les deux parties, Quartiers et Courage, préconisent d’utiliser une partie du financement de la police pour créer des réponses civiles non armées à un éventail de situations telles que la maladie mentale, les infractions à la loi et la violence sexiste. 

Comme ces exemples le suggèrent, repenser la sécurité publique ne signifie pas ignorer les nombreux types d’actes de violence, y compris la violence armée, ou de comportements dérangeants qui existent dans notre ville. Plutôt, cela signifie examiner de près ces torts et se soucier suffisamment de leur prévention pour que l’approche actuelle centrée sur la police soit considérée comme faisant partie du problème lui-même. 


1 La page 116 du livre de Coderre, Retrouver Montréal, dit « il ne faut pas defund, mais better fund la police ».
2 Le rapport annuel 2020 du SPVM répertorie 688 crimes avec armes à feu pour 2020 (pages 6 et 7) et 87 842 crimes totaux (page 6). La criminalité par arme à feu représente donc 0,8 % de la criminalité globale.
3 Une étude récente des services de police américains a révélé que 50 à 52 % du travail de la police consiste à répondre à des appels non criminels et à des infractions au code de la route.

Ted Rutland, professeur agrégré, Université Concordia

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