Habitation et immobilier

Acheter une propriété en pandémie, une recette pour se faire flouer?

Selon un sondage de Royal LePage réalisé en début d'année, 48% des Canadiens âgés entre 25 et 35 ans étaient propriétaires et 25% d'entre eux ont acheté leur propriété pendant la pandémie.
Selon un sondage de Royal LePage réalisé en début d'année, 48% des Canadiens âgés entre 25 et 35 ans étaient propriétaires et 25% d'entre eux ont acheté leur propriété pendant la pandémie. Photo: Martine Doucet/iStock

Recherche de stabilité, besoin d’espace, envie d’une résidence secondaire, peur de voir les prix augmenter à l’infini… Pendant la pandémie, chacun avait sa raison d’acheter une propriété. Mais était-ce un bon coup financier? Les verdicts divergent.  

En 2020, les prix des logements dans la région métropolitaine de Montréal ont connu une inflation exceptionnelle. D’après les données récoltées par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), le prix médian des logements unifamiliaux a ainsi connu une hausse de 18%. Une augmentation qui a aussi touché les logements en copropriété (+14%) et les plex (+12%).  

Un gain sûr 

«À cause du premier confinement, beaucoup de gens sont arrivés sur le marché en même temps au début de l’été 2020. En plus, les travaux de construction ont été ralentis et le marché était en déficit d’au moins 40 000 unités de logement. L’offre était donc largement moins forte que la demande et cet effet de rareté a entraîné une montée des prix et un phénomène de surenchère», explique Denis Joanis, président et chef de la direction de l’APCIQ.  

Malgré ce contexte difficile et une «surchauffe» du marché qui s’est maintenue une bonne partie de l’année 2021, Denis Joanis croit fermement que les acheteurs ont fait un bon coup. 

«La valeur des propriétés à Montréal continue d’augmenter. Les gens qui ont acheté pendant la pandémie ont bien fait. C’est un très bon investissement!», assure-t-il.  

«Mais les gens qui ont acheté avant ont encore mieux fait», concède-t-il toutefois. 

Selon lui, si 2020 était un bon moment pour acheter une propriété, c’est surtout parce que la tendance à la hausse des prix, déjà présente avant la pandémie, devrait se maintenir. «On prévoit que les prix continueront à croitre jusqu’à la fin 2021 et on ne s’attend pas non plus à une baisse en 2022», souligne-t-il.   

Ou une erreur coûteuse… 

L’économiste principale de Desjardins, Hélène Bégin, ne tire pas les mêmes conclusions. À en croire son analyse, les acheteurs auraient mieux fait d’attendre plutôt que de subir les conséquences d’un contexte défavorable.  

«L’année 2020 était un des pires moments de l’histoire pour acheter, résume-t-elle. Les choix étaient très restreints et beaucoup de gens à Montréal ont payé leur propriété beaucoup trop cher.» 

L’économiste désigne comme coupable la forte concurrence entre les acheteurs, qui a mené à une surenchère «démesurée» et a fait gonfler les prix.  

«Même avec un taux de vente avantageux, si vous avez payé votre propriété 50 000$ ou 100 000$ plus cher que le prix de vente, vous ne sortez pas gagnant, explique Hélène Bégin. Surtout si vous décidez de revendre dans les prochaines années.»   

En effet, bien que les prix soient encore très élevés, elle prévoit que le marché, qui a déjà commencé à se calmer depuis le début de 2021, se stabilise. «Si la tendance se maintient, on pourrait avoir un ajustement de 5% à la baisse dès le trimestre prochain et peut-être même plus dans les quartiers où la surenchère a été la plus forte.» Ceux qui vendront rapidement risquent donc de perdre. 

Les deux experts s’entendent au moins sur une chose: acheter une propriété pour la conserver à long terme, c’est généralement gagnant, et ce, même si on joue du coude en surenchère. 


31%  

D’après un sondage mené par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), pas moins de 31% des Canadiens qui ont acquis un logement en 2020 ont participé à au moins une surenchère pendant leur recherche de propriété.


Articles récents du même sujet