Soutenez

Les temps sont durs… Entrevue avec Donna Karan, de DKNY

Après 25 ans dans le milieu, Donna Karan propose sa vision des choses.
Et elle semble plus prête à affronter la récession que la majorité
d’entre nous.

«Lorsque j’ai démarré mon entreprise, nous étions aussi en pleine récession», m’a-t-elle confié lors d’une entrevue réalisée à sa boutique Urban Zen. Un nuage d’encens flotte dans les airs, renforçant son image de yogi et de reine spirituelle du milieu de la mode.

Sous un tricot décontracté trop grand pour elle et un léotard (elle en porte chaque jour) se cache une femme influente dotée d’un sens des affaires exceptionnel. Elle a d’ailleurs commencé à l’aiguiser dès son jeune âge. Son père était tailleur sur mesure, et sa mère, mannequin. «J’ai grandi sur la 7e Avenue, ajoute-t-elle. J’ai ça dans le sang. C’est dans ma nature.»   

Vous avez survécu à plusieurs récessions. Selon vous, la récession actuelle influe-t-elle différemment sur votre façon d’aborder les collections Donna Karan et DKNY?
Pendant le processus de création, je n’avais même pas conscience de la récession. Vous allez cependant vous rendre compte que ma collection automnale s’inspire beaucoup de celle que j’ai faite en 1985. Ça vous sautera aux yeux. Quant à
la ligne DKNY, qui vient de célébrer son 20e anniversaire, elle mettra principalement l’accent sur la sophistication et la progression. Nous nous adressons à une autre génération.     

Vous définissez la garde-robe des femmes au travail depuis des dizaines d’années. De nos jours, comme de plus en plus de femmes se cherchent un emploi, avez-vous observé une différence dans la popularité des éléments de vos lignes?
Pas encore, mais je crois que les femmes songent de nouveau au travail. À une certaine époque, ce qui comptait, c’était de s’habiller. Actuellement, on observe un retour à la tenue de jour et aux vêtements destinés au travail qui peuvent être portés du matin au soir. Il est terriblement important que des vêtements offrent une telle souplesse.    

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui réduisent leur budget vêtements et qui ne savent pas dans quoi investir?
Elles doivent avoir un coup de cÅ“ur et réfléchir à ce qui fait défaut dans leur garde-robe. Elles doivent chercher des vêtements qui mettent leur silhouette en valeur et dans lesquels elles se sentent bien. Aussitôt que je mets l’un de ces morceaux [elle pointe son tricot], je me sens bien dans ma peau. Ça n’a rien à voir avec le vêtement, c’est un état d’esprit. Je pense que les gens devraient se
rappeler qu’il est important de consommer dans la conjoncture actuelle. C’est crucial, puisqu’on achète un produit pour aider un autre être humain et préserver des emplois.   

Votre passion pour le yoga n’est un secret pour personne. En quoi le yoga contribue-t-il à votre créativité?
Je pratique le yoga depuis l’âge de 18 ans. Le yoga fait donc naturellement partie de moi. Je crois que l’on peut percevoir l’influence du yoga dans mes vêtements et le mouvement. Chaque matin, je me lève et j’enfile ma combinaison [elle releve son tricot]. Je bouge et je m’étire. Les vêtements représentent le mouvement, le corps, ainsi que son agilité et sa grâce.

Karl Lagerfeld et Steven Kolb, président du Council of Fashion Designers of America, ont dit en entrevue que la récession avait un bon côté pour l’industrie de la mode, car elle la ramène à des proportions plus ordinaires et lui permet de se recentrer. Êtes-vous d’accord avec eux?
Tout à fait! Elle réduit l’industrie et sonne un réveil. Tout a tellement été orienté vers la mode. Une mode est lancée, puis on dirait qu’il s’agit de la mode de l’année dernière. C’est bien de revenir au concept de vêtements toute saison, car les consommateurs peuvent se procurer des morceaux durables, tout en ayant une raison de dépenser.

Il faut informer les consommateurs que l’industrie disparaîtra si les ventes se maintiennent au niveau actuel. Les gens perdront leur emploi. Il n’y a rien de plus superficiel que le monde de la mode. Et la récession touche la planète en entier.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.