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Festival mode et design: 10 ans d'histoire en dents de scie

Le 10e Festival mode et design fait vibrer le centre-ville cette semaine. Pour souligner cet anniversaire, bref retour sur une décennie de mode à Montréal.

Le fameux bogue de l’an 2000 a-t-il affecté la scène de la mode montréalaise? Le début de ce XXIe siècle a d’abord été marqué par le retentissant scandale de Montréal Mode, puis, quelques années plus tard, par l’abolition complète des quotas à l’importation. «Ç’a été 10 années difficiles, confirme le professeur à l’École supérieure de mode de Montréal Jocelyn Bellemare. Alors qu’auparavant, c’était plus facile de s’approvisionner en tissus, nous n’avons plus un seul manufacturier ici. Et la perte de compétences dans l’industrie est manifeste : nous avons perdu une main-d’Å“uvre qualifiée, par exemple des couturiers et des tailleurs.»

Le vent dans les voiles
Le tableau n’est pas si sombre, nuance Michèle Boulanger-Bussières, gourou de la mode qui a notamment cofondé la Fondation de la mode de Montréal. «Nous avons ici des designers de talent et de renom qui sont arrivés à survivre et à se développer. Je pense notamment à Marie Saint Pierre et à Andy Thê-Anh, qui ont des boutiques qui fonctionnent très bien, et à Helmer, qui arrive à faire son petit bonhomme de chemin tout en étant très créatif dans la haute couture.»

Christian Chenail, Denis Gagnon, Philippe Dubuc et Mariouche Gagné sont autant d’exemples de créateurs ayant su garder la tête hors de l’eau en dépit des difficultés, reconnaît M. Bellemare. «Ils inspirent les jeunes et ceux qui sortent de l’école s’identifient à eux.» N’oublions pas non plus les nouvelles griffes qui ont émergé au cours de cette décennie : Bodybag, Valérie Dumaine, Ève Gravel et atelier b sont autant de noms à surveiller pour leur «fraîcheur et leur créativité», fait valoir M. Bellemare.

Le professeur insiste néanmoins sur le fait que la route sera longue et semée d’embûches avant que la métropole redevienne une ville de mode, et ce, même si «on sent de la volonté». «Les consommateurs ne sont pas capables de nommer les créateurs québécois, souligne-t-il. Nous avons besoin de rendre la mode d’ici accessible au public, et des événements comme le Festival mode et design sont ce dont nous avons besoin pour les 10 prochaines années encore!»

  • Il était une fois la mode

2000 – Fondation de Sensation Mode, qui organise des événements pour faire rayonner la mode d’ici.

2001 – Instauration de la Semaine de mode de Montréal, un événement bisannuel. La 19e Semaine de mode aura lieu en octobre. Un premier événement extérieur est aussi organisé (le nom Festival mode et design sera adopté en 2003).

2002 – Sensation mode commence à organiser des événements internatio­naux. En 2007 et 2008, l’orga­nisme conclut des partenariats, notamment avec le Japon, l’Allemague et la France, pour faire connaître les designers d’ici à l’étranger.

2003 – Fin de l’aventure Montréal Mode, qui avait commencé en juin 1999 grâce à un investisse­ment de 30 M$ de la Caisse de dépôt et placement dans le but de commercialiser les griffes de desi­gners québécois. En juin 2003, un rap­port de la vérificatrice générale Doris Paradis mettait en lumière les ratés du projet.

2004 –
Fondation du LABoratoire Créatif, entité indépendante à but non lucratif.

2005 – L’industrie doit composer avec l’arrivée massive de la Chine com­me principal pays exportateur de vêtements, en raison notamment de l’abolition des quotas à l’importation.

Octobre 2007 – Le gouvernement du Québec lance Pro Mode : Stratégie de l’industrie québécoise de la mode et du vêtement (82 M$ sur 3 ans), qui vise à aider les entreprises à faire face aux change­ments dans l’industrie.

Octobre 2007 –
Dans la foulée du débat sur la maigreur des mannequins, les organisateurs de la Semaine de mode de Montréal annoncent qu’ils n’autoriseront pas l’embauche de jeunes filles âgées de moins de 16 ans ou semblant présenter des symptômes d’anorexie.

Mars 2009 –
La Ville de Montréal lance la stratégie mode Montréal Style Libre et crée le Bureau de la mode.

Octobre 2009 –
Lance­ment de la Carte de mode, un outil interactif qui propose au grand public un carnet d’adresses où sont vendues des créations montréalaises.

Qu’est-ce qui a marqué le plus la mode à Montréal au cours de la décennie 2000-2009?

  • PhilippeDubuc

«Le web et la venue de nouveaux créateurs offrant une proposition plus moderne.»

  • Nadya Toto

«C’est incroyable comment ç’a évolué. Les Québécoises comprennent de plus en plus la mode, elles sont ouvertes, s’habillent bien et sont conscientisées. Il faut dire que la mondialisation et l’internet ont aussi beaucoup influencé la mode. Ces phénomènes nous inspirent aussi, nous, les designers!»

  • Yves Jean Lacasse

«L’exposition sur Yves Saint Laurent au Musée des beaux-arts de Montréal. J’ai toujours eu
beaucoup d’admiration pour ce créateur qui a ouvert les yeux au monde de la mode sur les cultures des différentes religions et sociétés. Montréal a présenté cette exposition avant même qu’elle le soit en territoire français.»

  • Mariouche Gagné

«Tout d’abord, un des points forts de cette dernière décennie est sans aucun doute la création de la Semaine de mode de Montréal. Et, dans un registre plus négatif, il faut aussi citer le scandale de la Caisse de dépôt et de son Montréal Mode. En plus, il y a eu la naissance de beaucoup de marques écolo­giques, et le retour en force de la fourrure.»

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