Carine Roitfeld: après Vogue, la liberté
L’ancienne rédactrice en chef de Vogue Paris a peut-être quitté la barre du magazine l’année dernière, mais elle demeure très occupée.
Carine Roitfeld, l’ancienne rédactrice en chef de Vogue Paris, a quitté son poste l’année dernière, et nous sommes toujours sous le choc. Après une décennie, le magazine était devenu synonyme de son style rock à la parisienne.
Depuis son départ, son étoile n’a pas eu le temps de pâlir. Maintenant travailleuse autonome, Roitfeld, 57 ans, écrit des livres et collabore à des campagnes publicitaires pour les plus grandes maisons. Un statut irréel dans une industrie où les gens se définissent le plus souvent par leurs titres ou leur employeur. «Je suis libre», avoue-t-elle simplement. Nous avons discuté des projets qui l’occuperont ces prochains mois, incluant le lancement d’un tout nouveau magazine.
Vous avez récemment lancé un livre, Irreverent, qui parle de votre carrière échelonnée sur les trois dernières décennies. Qu’est-ce que cela vous a fait de faire le point sur votre vie?
C’est très étrange parce que ce livre devait sortir un an plus tôt, mais retarder son lancement jusqu’après ma démission a été une excellente chose. En écrivant un tel livre, on découvre beaucoup de choses sur soi-même. Je ne veux pas répéter le cliché que j’ai véhiculé ces 30 dernières années. Tout le monde dit que je suis la reine du porno chic. Je veux être chic, irrévérencieuse et originale, mais pas porno. C’était difficile de revenir en arrière.
Êtes-vous émotive?
Je pleure très souvent, vous savez. Je pense que c’est mon sang russe. Je suis très émotive. Je suis du genre à pleurer en regardant Bambi, c’est vrai. Je viens tout juste d’apprendre qu’une rédactrice du ELLE France que j’adorais est décédée, et ça m’a brisé le cœur. La vie passe si vite! Plus on vieillit, plus on le réalise.
Êtes-vous parfois nostalgique de vos années à Vogue Paris?
Ça ne me manque pas. J’y ai passé 10 ans et c’était très bien, mais je suis passée à autre chose. Je me suis immédiatement engagée dans de nouveaux projets. Je n’ai donc pas eu le temps de regarder en arrière ni d’être triste. J’ai appris beaucoup là-bas, mais je voulais faire autre chose.
Quelle est votre opinion sur le magazine aujourd’hui?
Honnêtement, je ne lis plus Vogue Paris. Je voulais prendre une pause. C’est comme lors d’un divorce : vous ne voulez pas retourner en arrière.
Alors, pas de regrets?
Ce que je regrette, c’est de ne pas aider davantage les jeunes designers. J’ai réalisé, au cours des dernières années, que nous avons beaucoup de pouvoir et que nous pouvons changer leur destin. J’aime laisser de la place aux jeunes designers parisiens. Je me souviens d’avoir rencontré Riccardo Tisci, qui est maintenant chez Givenchy. Un jour, j’étais à Milan après le défilé Gucci, et quelqu’un a dit que je devrais parler à ce jeune designer. Je suis donc allée en coulisse, et il était si surpris de me voir qu’il en a presque pleuré. Givenchy recherchait de jeunes créateurs, et je leur ai conseillé de le contacter. Voyez ce qui est arrivé ensuite!
Vous travaillez à votre propre magazine. Allez-vous faire compétition à Vogue?
Mon magazine sera lancé en septembre et, pour commencer, nous ferons deux éditions par année. C’est difficile de lancer un magazine après avoir été à Vogue… les budgets ne sont pas les mêmes! Je veux donc faire quelque chose de totalement différent. Je veux être la Jeanne d’Arc de la mode! Je veux faire le lien entre ce qu’on voit durant les défilés et la vraie femme.
Parmi les autres projets sur lesquels vous planchez, il y a un livre réalisé en collaboration avec Karl Lagerfeld.
C’est à propos de la petite veste noire Chanel. Toutes sortes de personnes l’ont portée pour les besoins de ce livre : Anna Wintour et Sarah Jessica Parker, par exemple, sans oublier une petite fille de trois ans.
Vous connaissez Lagerfeld de longue date. Vous souvenez-vous de votre première rencontre?
Bien sûr! On n’oublie jamais sa première rencontre avec Karl. Il m’avait invitée à luncher, et je me demandais ce que j’allais bien pouvoir lui dire. Il est incroyable, polyglotte, et j’étais très intimidée. Finalement, ce fut facile et très agréable. Mon père a été élevé en Allemagne, et Karl s’est mis à parler des chanteurs allemands que mon père aimait. Il sait vraiment tout sur tout. Le lendemain, il m’a même envoyé une sélection de CD de ces chanteurs. Ça, c’est Karl. Quand je le croise dans une fête, le lendemain, il m’envoie un dessin de moi.