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Nelly Desmarais: Hochelaga entre le tragique et le poétique

Travaillant dans le milieu de l’édition depuis plus de 10 ans, Nelly Desmarais est passée de l’autre côté du miroir en publiant son premier recueil de poésie. Photo: Josie Desmarais / Métro

Hochelaga raconté sous la forme de poèmes. C’est ce que propose l’autrice Nelly Desmarais dans son premier recueil intitulé Marche à voix basse.

Lorsque Nelly Desmarais emménage dans Hochelaga en 2015, coin Cuvillier et Sainte-Catherine, la jeune femme vit une période difficile. Progressivement, elle perçoit une résonance entre la souffrance qu’elle vit intérieurement et celle qu’elle observe à l’extérieur.

«Je sentais qu’il y avait une sorte de réponse entre mon état et l’environnement dans lequel je vivais», se remémore-t-elle.

C’est ce sentiment particulier qu’elle a souhaité transposer dans son livre.

La mémoire des lieux

Nelly Desmarais décide alors de plonger dans sa propre histoire, mais également dans celle du quartier. Elle fait ainsi ressurgir des souvenirs difficiles, parfois enfouis en elle, mais également des pans oubliés de l’histoire du quartier, comme l’incendie du cinéma Laurier Palace en janvier 1927, qui a coûté la vie à 77 enfants.

«J’ai l’impression que ce coin d’Hochelaga est un peu hanté. Qu’il y a quelque chose comme un deuil qui n’est pas fait, qui est refoulé», évoque Nelly, faisant un rapprochement entre cette tragédie et le délabrement des lieux, ainsi que les réalités difficiles que vivent les gens qui y gravitent.

Sa démarche a donc été d’investir ces lieux ainsi que l’histoire et le patrimoine religieux du quartier, mais de façon très personnelle.

«L’intention de départ, c’était de ralentir le regard, parce qu’on vit de façon très rapide. Parfois, on n’a pas le temps d’avoir un lien plus approfondi avec les lieux où l’on habite, explique-t-elle. Quand on regarde, il y a une partie de nous qui se manifeste et qui entre en relation avec le lieu.»

Une tentative de viol

En 2016, Nelly Desmarais est agressée par un homme dans la rue, un multirécidiviste qui a déjà tenté de tuer son ex-conjointe. Hurlant à pleins poumons, elle parvient à alerter le voisinage, ce qui fait fuir son agresseur. Cet épisode traumatisant est raconté à travers deux poèmes, Portrait-robot et Déposition.

Hantée par cette agression, Nelly Desmarais souffre alors d’un trouble de stress post-traumatique.

«Je me promenais dans la rue et si quelqu’un passait à côté de moi, je criais, raconte-t-elle. La peur était ancrée dans le corps.»

Ne sachant pas quoi faire, Nelly se met à chercher des témoignages d’autres personnes qui ont vécu des agressions. Elle réalise alors que le corpus textuel sur le sujet est plutôt mince.

Ce constat la pousse à raconter cette tentative de viol dans son recueil, pour combler ce vide. Elle considère également que de parler de souffrance avec les gens est une manière efficace de créer des liens profonds.

J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui se disent dans la poésie qui ne se s’expriment pas nécessairement ailleurs. Il est possible d’évoquer des réalités très complexes dans la poésie, parce que le sens se démultiplie. On peut dire plusieurs choses à la fois, même parfois des choses opposées.

Nelly Desmarais, autrice

Et maintenant

Avec le temps, Nelly Desmarais est parvenue à chasser la peur qui l’habitait à la suite de son agression.

«Quand j’ai suivi des cours d’autodéfense, c’est parti du jour au lendemain, soutient Nelly. Ça m’a guérie.»

Nelly n’habite plus au coin Cuvillier et Sainte-Catherine, mais elle demeure toujours à Hochelaga, qu’elle considère comme son refuge. Selon elle, le quartier a beaucoup changé depuis son arrivée.

«C’est un quartier d’amitié, de solidarité où coexistent plusieurs modes de vie», prône Nelly, souhaitant du même souffle que la mixité sociale soit préservée malgré l’embourgeoisement.

Publié chez Le Quartanier Éditeur, Marche à voix basse est disponible en librairie depuis le 8 mars.

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