Hochelaga-Maisonneuve

Utown: les bums sympathiques de CAB

CAB, une bédéiste hochelagaise jusqu’au bout des doigts. Photo: Josie Desmarais, Métro Média

L’autrice de la série Hiver nucléaire récidive avec la bande dessinée Utown, mettant en scène des bums sympathiques et publiée aux éditions Nouvelle adresse.

Contrairement à sa série de science-fiction, qui se passait dans un Montréal postapocalyptique, CAB – de son vrai nom Caroline Brault – a décidé de situer l’histoire de Utown dans une ville imaginaire.

«Je voulais que ça se passe dans le milieu des années 1990, explique CAB. Camper ça à Montréal, il aurait fallu que je fasse un contexte sociopolitique. C’était quand même un peu tumultueux [à Montréal] dans ces années-là.»

Évitant ainsi que le lecteur soit distrait par le contexte de l’époque, CAB a voulu dépeindre avec Utown un quartier populaire typique des grandes villes nord-américaines, faisant référence à Hochelaga où elle a toujours vécu, mais aussi à d’autres lieux comme New York.

Dans Utown, elle y raconte les déboires d’un illustrateur dans la vingtaine, Samuel, qui préfère faire la fête plutôt que de peindre des toiles et qui recueille dans son logement – un atelier d’artiste – un jeune adolescent du nom d’Edwin qui craint de se retrouver en centre d’accueil.

Malgré le lieu intemporel créé pour raconter cette histoire de jeunes marginaux vivant dans un quartier défavorisé, on ne peut s’empêcher de faire des liens avec Hochelaga.

C’est entre autres le cas lorsque Samuel et ses voisins reçoivent un avis d’éviction, un événement qui s’inspire clairement de la lutte menée par les locataires des lofts Moreau en 2013.

Embourgeoisement

CAB admet qu’elle entretenait au départ «de drôles de préjugés» au sujet des dizaines d’artistes et de locataires qui habitaient cette ancienne usine de textile de la rue Ontario.

C’est une place où on n’allait pas. On n’entrait pas les lofts Moreau, c’était un peu comme interdit.

CAB, autrice de Utown

C’est lorsque CAB a commencé à lire à ce propos et qu’elle a été elle-même une artiste en résidence qu’elle s’est sentie interpellée par cette histoire et a décidé de s’en inspirer.

Avec une telle toile de fond, l’embourgeoisement se retrouve inévitablement abordé par la BD, une réalité également présente dans Hochelaga, un quartier qui a énormément changé selon la bédéiste.

Malgré ce constat, l’autrice ne considère pas pour autant que c’était mieux avant, à l’exception des prix des loyers, précise-t-elle en rigolant.

Un manga québécois

À l’instar d’Hiver nucléaire, Utown a été publié au départ sur le Web, une expérience que CAB ne souhaite pas réitérer pour ses prochaines bandes dessinées.

«En 2020, faire un webcomic, c’est vraiment plus pareil. C’est dur sur le moral, déplore CAB. Avec les algorithmes, les réseaux sociaux ne poussent pas le contenu. C’est très difficile de faire la promotion de ses créations.»

Côté influence, CAB affirme qu’elle souhaitait faire un manga québécois avec Utown.

J’ai travaillé sur un format manga: le nombre de planches, les codes, la trame uniquement en noir et blanc, sans aucune teinte de gris.

CAB, autrice de Utown

Lorsqu’on mentionne que son style fait penser à celui de Jamie Hewlett, illustrateur britannique entre autres connu pour la création du visuel du groupe de musique Gorillaz, CAB rétorque que ça fait 20 ans qu’on lui dit ça, ce qui ne lui déplaît pas pour autant.

«Jamie Hewlett, c’est l’un des meilleurs dessinateurs de notre génération, soutient l’autrice de 37 ans. Il n’y a rien qu’il n’est pas capable de faire. Je trouve ça vraiment inspirant.»

CAB sera présente au Festival BD de Montréal qui se tient sur la rue Saint-Denis du 27 au 29 mai. La bande dessinée Utown est disponible en librairie depuis le 16 mai. Une version anglaise est également en préparation.

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