Vols qualifiés sur le Plateau : deux bandits arrêtés
Sur l’avenue du Mont-Royal s’est jouée, la semaine dernière, une scène quasi hollywoodienne. Deux voleurs, vraisemblablement à l’origine des vols qualifiés commis dans les restaurants et bars branchés du Plateau-Mont-Royal depuis l’été, ont été arrêtés dans la matinée du 5 décembre, en pleine rue. Nombreux, les policiers attendaient les deux malfrats à la sortie du café-bar Le Boudoir. Le copropriétaire de l’établissement, Bertrand Hubert, était sur place au moment des faits. Il a accepté de nous livrer son témoignage.
Lorsque les deux bandits ont forcé la porte arrière du Boudoir, vers 10 h 40, le 5 décembre, Bertrand Hubert et son père Raymond, propriétaires de l’établissement, étaient prêts à les recevoir.
Le vendredi 2 décembre, les tenanciers de bars et restos de l’avenue Mont-Royal avaient rencontré les policiers du poste de quartier 38 pour faire le point sur la situation. À cette date, 13 vols qualifiés violents avaient eu lieu sur le territoire depuis juin. Malgré la médiatisation de l’affaire, les crimes s’étaient multipliés: sept hold-up avaient été commis sur le Plateau entre le 20 et le 28 novembre. Normal que les commerçants aient été sur les dents…. « On a fait le point avec la police qui nous a montré des photos de ceux qui restaient à attraper. On nous a expliqué le dossier », soutient Bertrand Hubert.
Lors de cette rencontre, les policiers ont également averti les commerçants du modus operandi des malfrats : ceux-ci agissaient souvent le dimanche soir ou le lundi matin, histoire de repartir avec les recettes de la fin de semaine.
Le lundi 5 décembre au matin, le père et le fils Hubert vaquaient à leur occupation dans leur commerce. Ils avaient convoqué leurs employés à 11 h 30 pour une réunion d’information. C’est alors qu’une idée a traversé l’esprit de Raymond Hubert : si son établissement devenait le théâtre du prochain braquage, le policier à la retraite plongerait les malfrats dans le noir complet, juste au moment où ceux-ci se dirigeraient vers le sous-sol pour dérober le dépôt. Une réflexion qui s’est avérée fructueuse.
Reconstitution des faits
Vers 10h40, lorsque les voleurs pénètrent par effraction au Boudoir, Raymond Hubert, suivant son plan, se précipite au sous-sol. Les deux malfrats le suivent en courant. M. Hubert coupe le courant et se réfugie dans un recoin, derrière la chambre froide. « Lui était en territoire connu, les deux autres ne l’étaient pas », explique son fils Bertrand. Le tandem de bandits se retrouve alors dans l’obscurité la plus complète, ne sachant où se diriger pour mettre la main sur le magot.
Pendant ce temps, Bertrand Hubert – qui effectuait le dépôt de la fin de semaine dans le bureau du sous-sol – entend le grabuge et voit son père descendre à la course. Il décide de s’enfermer discrètement dans le bureau et de composer le 911. « J’ai alors entendu un des deux voleurs dire à l’autre : tire au hasard. Je n’ai pas eu la confirmation que c’était une vraie arme à feu. C’était peut-être une petite arme à plomb, mais c’était tout de même troublant… », indique Bertrand, qui ignorait alors que son père était sain et sauf. « Embarré dans le bureau, je peux tenir le siège longtemps. Je suis Ok. Mais j’étais inquiet pour mon père. Ça n’a pas été une partie de plaisir. C’est certainement le moment dans ma vie où j’ai eu le plus d’adrénaline dans le corps », continue-t-il.
Pris au dépourvu, le duo remonte à l’étage et décide de dévaliser la petite caisse enregistreuse. « Dans la petite caisse, il y avait 400$… en monnaie. Les gars sont probablement partis avec 10 ou 15 livres de rouleaux de change, ce qui n’aide pas à courir », ironise le fils Hubert.
Une horde de policiers
Au même moment, à l’extérieur du bar, les policiers, avertis par le 911, convergent vers le Boudoir. Ce matin-là, le poste de quartier 38 avait fait venir du renfort de neuf postes de la région nord de Montréal. « Le lundi matin était une des journées cible. Les voleurs visaient les dépôts ou les coffre-fort de la fin de semaine. J’avais donc augmenté le nombre de policiers à 30 sur les rues Mont-Royal, Saint-Denis, Saint-Laurent, Rachel, Prince-Arthur, etc. Selon la tendance, c’était évident qu’il y aurait un crime. On a sous-divisé le territoire en dix petits secteurs. On patrouillait de façon intensive quand est entré un appel pour vol qualifié au Boudoir », explique le commandant Stéphane Bélanger. « Quand l’appel est rentré, j’étais devant le 935, avenue Mont-Royal. L’adresse du Boudoir est le 850. J’ai fait demi-tour et en me tournant, je suis arrivé face à face avec le voleur. Il avait encore le col monté et son arme à feu. On a maîtrisé le premier voleur », continue le commandant. Le deuxième bandit s’est fait intercepter peu de temps après. « On est toujours surpris quand on fait face à un voleur armé. J’ai 21 ans d’ancienneté et ça m’est arrivé trois fois dans ma carrière, confie M. Bélanger. Mais le plan de patrouille était taillé sur mesure pour les crimes qui avaient été commis dans le passé ». L’enquête est en cours pour déterminer s’il s’agit bel et bien des voleurs recherchés depuis plusieurs mois. « Les enquêteurs sont en train de valider l’information, mais on avait des images de vidéo surveillance des autres crimes et ça semble correspondre », affirme Stéphane Bélanger. Selon lui, les deux hommes, âgés de 39 et 47 ans, ont comparu le mercredi 7 décembre au palais de justice de Montréal et ont été accusé du vol commis au Boudoir. Ils sont toujours détenus, ainsi que le suspect ayant été arrêté le 26 novembre à la suite d’un vol au Ceramic Café, sur Saint-Denis. « Les enquêteurs continuent d’analyser les images récupérées sur les scènes et sont en attente de résultats d’expertises, comme par exemple l’ADN », poursuit le commandant Bélanger.