Diane Bouthillier : la vision d’une leader
Mme Bouthillier a perdu la vue graduellement, dès l’âge de 9 ans. Rendue à la mi-vingtaine, sa condition s’est dégradée au point où elle ne pouvait plus se déplacer sans avoir recours à une canne blanche. Afin de rester autonome, elle a dû s’adapter et apprendre à se débrouiller.
« On n’apprend pas à fonctionner avec une perte de vision du jour au lendemain. Ça demande un certain temps, dépendamment des personnes. Ça prend même un certain nombre d’années, je dirais, pour vraiment se sentir à l’aise », estime-t-elle.
En effet, les personnes avec des limitations visuelles doivent apprendre à faire les choses différemment. Chaque tâche quotidienne est un défi en soi. Par exemple, Mme Bouthillier confie avoir un véritable « plan de la ville » dans sa tête, grâce auquel elle peut se situer dans l’espace. Elle sait comment chaque rue est faite, particulièrement celles qu’elle fréquente au quotidien, et décrit avec une précision déstabilisante les nombreux obstacles présents sur le tronçon de rue qui sépare les bureaux du RAAMM, situés sur la rue Berri, de la station de métro Laurier. Pour se déplacer, elle doit également être plus attentive aux sons qui l’entourent afin de les analyser. De cette manière, elle sait exactement quand traverser la rue de façon sécuritaire.
Engagement
Malgré les avancements en matière d’accessibilité universelle, beaucoup de choses restent à faire pour que les personnes ayant des limitations physiques ou visuelles aient accès aux mêmes services et ressources que le reste de la population. C’est pour cette raison que Mme Bouthillier a décidé de s’engager activement.
« J’ai travaillé comme intervenante en relation d’aide à l’Institut national canadien pour les aveugles pendant près de 10 ans. Même si j’ai adoré mon expérience, j’ai eu le goût de faire autre chose. Puis, j’ai vu qu’on cherchait quelqu’un pour combler le poste de directrice à la RAAMM. J’ai beaucoup hésité avant de postuler, car je ne détenais pas de formation en administration. Je ne pensais pas avoir ce qu’il fallait, mais j’ai quand même posé ma candidature, et on m’a choisie. Pour travailler dans un organisme de défense des droits, il faut croire en la cause. Il faut l’avoir tatouée sur le cœur », fait-elle valoir.
Son cheval de bataille : l’accessibilité universelle sous toutes ces formes. Que ce soit sur les trottoirs, sur les pistes cyclables ou sur les plateformes Internet, les personnes handicapées ont les mêmes droits que les autres, défend-elle.
En ce sens, des démarches ont été faites, en partenariat avec le Regroupement activiste pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) dans le dossier des terrasses dans l’arrondissement Plateau – Mont-Royal. La femme lutte également pour permettre une plus grande inclusion des personnes avec des limitations visuelles sur le marché du travail, où elles sont sous représentées.
Afin de l’aider à gérer ces dossiers, Mme Bouthillier a pris part au programme Leadership rassembleur, une initiative de Centraide et de Dynamo, qui vise à former les dirigeants d’organismes communautaires locaux afin d’appuyer les efforts de concertation et de mobilisation dans leur quartier. La formation, répartie sur un an, s’est terminée à la mi-mars.
« Une des facettes du programme, c’est le codéveloppement. Nous étions divisés en équipes de six directeurs d’organisations sans but lucratif oeuvrant dans des sphères différentes et nous discutions de nos problématiques. Les autres étaient là pour nous aider à nous poser les bonnes questions, et non pour nous dire quoi faire.
« Ce que j’y ai appris, c’est que c’est important de croire en ce que l’on fait et d’être honnête envers soi-même. L’apprentissage que j’ai fait, ce n’est pas une recette que l’on applique, c’est plutôt un processus qui m’a fait évoluer. Il s’agit d’un cheminement personnel qui va continuer. Je ne suis pas encore rendue au fil d’arrivée », conclut-elle.