Haïti, mon amour
L’auteur-compositeur et interprète d’origine haïtienne Wesli lançait le 7 décembre son deuxième album intitulé Liberté dans le noir. Par ce titre, le résident du Plateau-Mont-Royal – qui tricote une musique world beat aux accents reggae – fait allusion aux difficultés qui freinent l’épanouissement du peuple haïtien, mais aussi aux contraintes quotidiennes qui minimisent la liberté de chacun d’entre nous. Rencontre.
Wesley Louissaint, alias Wesli, naît à Port-au-Prince au sein d’une famille de sept enfants. Très tôt, ses parents musiciens l’encouragent à se lancer dans la musique, histoire de faire un pied de nez à la misère ambiante. « J’ai vécu une enfance assez spéciale à Port-au-Prince, une ville très peuplée, avance Wesli. Il n’y avait pas d’espace pour jouer. La musique, qui est apparue comme un moyen de s’échapper de la délinquance juvénile, a forgé qui je suis. Cette passion fait aujourd’hui partie de moi ».
À 9 ans, le jeune Wesley fabrique sa première guitare, inspirée de celle de son père, à l’aide d’un vieux bidon d’huile, d’un morceau de bois trouvé dans la forêt et de fils de nylon offerts par les pêcheurs. Il se produit à l’église et chante dans la chorale pour enfants. « Lors d’un spectacle de Noël à l’église, mon frère et moi avions accompagné la chorale d’enfants avec cette guitare dans laquelle nous avions placé des haut-parleurs », lance-t-il, d’un rire contagieux, au sujet de ses premières heures de gloire.
Le pasteur permet par la suite à Wesley d’utiliser les instruments de l’église pour pratiquer son art. « C’est comme ça que j’ai appris mon métier », se souvient celui qui chantera et jouera à l’église jusqu’à ce qu’il connaisse un franc succès comme guitariste au sein du groupe soul So Kute. « Cette expérience m’a permis d’entrer dans le milieu de la musique professionnelle », explique le musicien. Avec So Kute, il découvre Montréal et ses festivals estivaux (FrancoFolies, Festival International de Jazz de Montréal). Au cours des années suivantes, il revisite la métropole en tant que guitariste du quatuor afro-roots 4 Ever.
En 2001, il choisit Montréal comme terre d’accueil. « J’ai pensé à la France ou aux États-Unis. Mais Montréal est une ville joviale, simple, lance Wesli. Les gens sont gentils et souriants. J’ai senti que j’avais ma place ici ».
Peu de temps après son arrivée, Wesli travaille activement comme réalisateur ou compositeur et collabore avec plusieurs groupes world comme guitariste. En 2009, il lance son premier album : Kouraj, principalement chanté en créole. C’est lui qui écrit, compose, enregistre, réalise et mixe toutes les chansons de genre world beat. « C’est un album artisanal, enregistré chez moi dans mon studio maison. Avec Kouraj, j’ai réussi à concrétiser mon rêve et à me prouver que j’étais capable de réaliser de grandes choses avec des petits moyens », admet-il.
Une première consécration arrive lorsque Wesli est élu Révélation Radio-Canada Musique 2009-2010. Il obtient également le Prix Babel Med Music 2010 en France, à Marseille.
À partir de là, spectacles et succès s’enchaînent. À l’été 2011, accompagné de son Wesli band, il fait la première partie du spectacle d’Alpha Blondy aux FrancoFolies et donne plus de 30 spectacles à travers le Québec et l’Ontario.
Liberté dans le noir
Wesli lançait ces jours-ci son 2ème album, Liberté dans le noir. Les compositions du musicien étaient assez nombreuses pour que deux opus voient le jour. Faute de moyens, il a opté pour un disque très costaud de 17 chansons! « À vrai dire, j’avais 24 chansons… Alors je vais certainement sortir des singles au cours de l’année 2012 », confie-t-il.
Pendant trois jours, l’artiste a pu bénéficier du Studio 12 de Radio-Canada – et de ses ingénieurs du son – pour l’enregistrement de Liberté dans le noir. Il a également travaillé chez lui et au studio Mixart. « Ça donne un son professionnel capable de franchir des portes plus lourdes », se réjouit-il.
De son propre aveu, cet album aborde la difficile quête de liberté d’Haïti, mais aussi celle de tous les peuples. « Mon pays est libre, mais on ne peut pas profiter de cette liberté sociale, politique et économique, se désole-t-il. Tous les peuples de la terre doivent vivre avec des contraintes et se débrouiller pour trouver cette liberté ».
Wesli avance aussi que son amour pour Haïti – où sa famille et ses amis habitent encore – et que son passage là-bas, en 2010, après le tremblement de terre, teintent son nouvel opus. « J’ai un cœur ici et un cœur en Haïti. Lorsque j’y suis retourné après le tremblement de terre, j’ai découvert un autre Haïti. Ça m’a choqué et ça a influencé mon écriture. Mes textes ont changé de direction. Mes paroles sont devenues plus claires, ma mission est apparue évidente », soutient-il.
« J’ai des projets de tournées et de création d’ateliers auprès des jeunes haïtiens. Je crois que je peux changer des choses avec ma musique. Il y a beaucoup à faire sur le terrain », continue Wesli.
Si l’album Kouraj faisait la part belle aux instruments traditionnels africains (cora, balafon), cette seconde galette mise sur une sonorité plus électro. « J’ai utilisé mes musiciens différemment. J’ai pris les sons traditionnels et je les ai rendus plus urbains et plus électros, avec des mix plus accessibles », lance Wesli, qui a également multiplié les collaborations. Les artistes Radio Radio, Mes Aïeux, Paul Cargnello et Tiken Jah Fakoly ont notamment pris part à l’aventure.
Pour plus d’informations : www.wesliband.com