Figures de femmes
La compagnie de théâtre alternatif d’expression anglaise Imago, située sur le boulevard Saint-Laurent, célèbre cette année ses 25 ans d’existence. Pour marquer le coup, Imago présente, en collaboration avec l’Écosse, la pièce bilingue Ana, coécrite par Clare Duffy et Pierre Yves Lemieux.
Il y a deux ans, le dramaturge Pierre Yves Lemieux, qui a récemment modernisé la fable de La Belle et la bête au Théâtre du Nouveau Monde, a reçu un coup de fil de Clare Schapiro, directrice artistique du Théâtre Imago. Celle-ci voulait créer, en collaboration avec la compagnie de théâtre écossaise Stellar Quines, une hymne à la femme s’inspirant de la légende sumérienne de la déesse Inanna, tout en abordant la dépression au féminin. « Ce n’est pas un show sur la santé mentale. Ça parle de l’humain avec un grand H », prévient le coauteur Pierre Yves Lemieux, soulignant au passage la particularité de cette coproduction Québec-Écosse. « Tout dans cette pièce est doublé : il y a deux auteurs, deux compagnies, deux continents, etc. », ajoute-t-il.
Avec l’auteure Clare Duffy, qui vit en Écosse, Pierre Yves Lemieux accepte de relever le défi d’écriture et s’attelle à un long travail. Dans la foulée de leur labeur, les deux dramaturges se rencontrent à quelques reprises pour échanger, notamment, sur la façon de construire leur personnage principal : Ana. À mi-chemin entre le monde divin et celui des simples mortels, Ana détient l’incroyable don de se dédoubler. C’est donc à travers les différentes vies de l’héroïne – qui charrie à travers le temps ses blessures passées et futures – que la pièce balaie les époques, de l’origine de la vie à nos jours, mettant en lumière une multitude de figures féminines. « On croise une Ana prostituée pendant la Révolution française, une Ana enfant, une Ana itinérante en 2012, etc. Il y a aussi la présence d’icônes qui ont apporté leur savoir au monde, comme Darwin ou Freud », explique M. Lemieux.
Selon le dramaturge, il y a différentes façons de percevoir l’essence du propos d’Ana, dépendamment du regard mythique, féministe, psychologique ou philosophique qu’on pose sur l’œuvre. « Pour moi, le personnage principal illustre la condition humaine, commente-t-il. Ana est en quête de sens. Elle tente de combler un vide. Même si elle a des milliers de vies, elle est orpheline. Et ça illustre la condition humaine, parce que personne ne connait ses origines en arrivant sur terre ».
Tout un cirque
Au total, six comédiennes tiendront le rôle d’Ana – et d’autres rôles secondaires – dont trois Québécoises (Catherine Bégin, Magalie Lépine Blondeau et Dominique Leduc) et trois Écossaises. Un seul homme, le comédien québécois Alain Goulem, campera les personnages masculins. La coproduction aura la particularité d’être bilingue. Sur scène, l’anglais et le français fuseront de toute part. « Le but est que tout le monde puisse suivre le spectacle, avance Pierre Yves Lemieux. Les gens qui ne sont pas bilingues pourront saisir les deux langues, soit par l’histoire [et son contexte], soit par des surtitres ».
Le metteur en scène Serge Denoncourt a choisi de raconter le périple d’Ana dans une ambiance de cirque et de « freak show ». « D’entrée de jeu, on est accueilli par un maître de cérémonie de cirque minable, souligne Pierre Yves Lemieux. Il y a beaucoup d’humour dans le spectacle et les styles sont multiples. Ana est parfois tragique, grotesque, sentimentale, cérébrale. Mais il subsiste toujours un trait commun : la quête de sens », conclut le dramaturge.
Au Théâtre Espace Go (4890, boulevard Saint-Laurent), du 22 novembre au 10 décembre. Billetterie et informations : 514 845-4890.