Hochelaga-Maisonneuve
17:45 15 décembre 2020 | mise à jour le: 16 décembre 2020 à 17:00 temps de lecture: 8 minutes

REM de l’Est : de l’enthousiasme et des interrogations

REM de l’Est : de l’enthousiasme et des interrogations
Photo: Courtoisie – CDPQ InfraLes travaux du REM de l'Est devraient commencer en 2022.

L’annonce «historique» du prolongement du Réseau express métropolitain (REM) par le gouvernement du Québec suscite l’enthousiasme dans l’est et le nord-est de Montréal. Si tous s’entendent sur le pouvoir transformateur du REM, des voix s’élèvent malgré tout pour rappeler que bien des questions devront être élucidées avant la première pelletée de terre.

Dix milliards de dollars. C’est l’imposant montant d’investissement prévu pour les travaux de la phase 2 du REM qui devraient se terminer en 2029. Le prolongement verra l’ajout de 23 stations réparties sur deux branches. Une voie aérienne partant du centre-ville permettra de se rendre à Pointe-aux-Trembles en une demi-heure. La voie souterraine vers le nord, elle, permettra de se déplacer de la gare Centrale jusqu’au Cégep Marie-Victorin en 25 minutes.

Deux stations sont prévues sur le territoire de Montréal-Nord. Jamais un projet de transport de cette envergure n’avait été planifié dans ce secteur de la ville.

«Ça va changer complètement la donne, prédit la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black. Les besoins étaient importants dans notre secteur. On se retrouvait bien souvent cloisonnés, isolés. Ça va amener de la création de richesse collective, ça va faciliter les déplacements inter arrondissements pour les gens qui ont des emplois ou qui veulent se promener pour obtenir des services.»

Cette idée de transformation se retrouve aussi dans les propos de Caroline Bourgeois, mairesse de l’arrondissement voisin de Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles. Pour elle, la mobilité dans son arrondissement ne sera plus la même. Si elle concède que plusieurs citoyens auraient préféré que la branche nord du REM passe au cœur de RDP, elle croit que le nouveau train léger permettra de désenclaver le nord-est de la Ville.

Selon elle, le principal défi sera d’intégrer le train sur rail au mobilier urbain. Elle souligne qu’il sera important de s’assurer que le projet soit beau «à l’intérieur comme à l’extérieur».

Pour Robert Coutu, maire de Montréal-Est, l’annonce du REM est accueillie mi-figue, mi-raisin.

 S’il se dit très enthousiaste face à cette « annonce historique » pour l’Est, il trouve cependant «inacceptable» que le tracé ne comprenne aucune station dans la Ville de Montréal-Est.

En effet, le maire considère que la Ville se situe «au coeur de l’Est et du secteur stratégique à développer». Il trouve donc primordial qu’elle soit dotée d’un vrai système de transport collectif et qu’une gare soit ajoutée sur son territoire.

 «C’est un incontournable, autant pour nos citoyens que pour les entreprises qui s’y installeront. (…) On va préparer une offensive au début de l’année», avertit-il.

Réfléchir aux effets

Pour la titulaire de la Chaire de recherche sur la mobilité de l’école Polytechnique, Catherine Morency, il faut applaudir un tel investissement en transport collectif pour l’est de Montréal. Il faudra aussi participer à la planification. Selon elle, il faut notamment s’assurer que les populations moins favorisées, celles qui dépendent le plus du transport en commun, en sortent gagnantes.

«Je pense que c’est une invitation à réfléchir et à discuter aux meilleurs tracés et infrastructures à mettre en place pour répondre aux besoins (…) des populations plus vulnérables», soutient-elle.

Mme Morency, dont l’équipe travaille depuis plusieurs années sur des tracés potentiels de la ligne rose, soulève déjà l’enjeu de l’embourgeoisement que peut provoquer un tel développement.

«Quand vous mettez du transport en commun performant, il y a un impact sur la valeur des propriétés. Il faut quand même surveiller que les populations qui en bénéficient ne soient pas repoussées vers d’autres secteurs.»

«Je pense que le tracé est adéquat et il devrait être efficace», estime la professeure du département d’études urbaines de l’UQAM, Florence Junca-Adenot. «Là où j’ai des réserves, c’est toute la question d’intégration urbaine. Il va falloir attentivement planifier. Il ne faut pas risquer de détruire ce qu’on veut renforcer. C’est très important. Regardez le débat qu’il y a eu autour du réseau cyclable», ajoute-t-elle.

Historiquement mal desservi

L’est de Montréal est un territoire où les services de transports collectifs sont surtout constitués de lignes d’autobus. «Il y a le problème d’accès à l’emploi, mais le plus gros problème, c’est celui des temps de déplacement», souligne le président de Trajectoires Québec, François Pépin.

«Ça fait depuis toujours qu’il n’y a jamais rien eu vers l’Est, alors qu’il y a 600 000 personnes qui habitent à l’est de Papineau; c’est un gros bassin d’emploi», soulève pour sa part Florence Junca-Adenot, professeure à l’UQAM et ancienne présidente de l’AMT.

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) avait été mandatée en 2018 par le gouvernement de la CAQ afin de trouver un mode de transport structurant pour desservir et décloisonner l’Est. Un projet de tramway avait notamment été proposé pour ce « plan de décongestion».

Avant de s’arrêter sur l’option du train léger, le promoteur a étudié différents modes de transports. Le tramway par exemple, n’est pas assez rapide pour être compétitif avec les autres modes de transport afin de parcourir les distances du tracé, a conclu la CDPQ. Selon elle, le train léger offre la meilleure rapidité de réalisation tout en offrant la meilleure performance économique.

Revitalisation économique de l’Est

Christine Fréchette, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’est de Montréal accueille ainsi la nouvelle sans réserve. «Ça va être un coup d’accélérateur pour le développement du territoire, que ce soit économique, social ou encore durable, puisque ça va permettre de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre», indique celle qui milite pour un REM dans l’Est depuis plusieurs années.

La Société de développement Angus (SDA), qui planche actuellement sur un projet de développement dans Pointe-aux-Trembles, a d’ailleurs salué l’annonce.

«Il s’agit sans conteste d’un projet d’investissement majeur qui permettra à l’Est de mieux se positionner dans une perspective de développement durable. Le REM de l’Est contribuera significativement au développement du territoire dans une perspective de transition sociale et écologique», a souligné le président de la SDA, Christian Yaccarini.

Dans un communiqué, Dimitri Tsingakis, directeur général de l’Association industrielle de l’est de Montréal, affirme que le prolongement du REM facilitera la création de zones d’innovation.

«L’AIEM travaille avec plusieurs acteurs socioéconomiques locaux pour qu’un pôle d’innovation en technologies propres soit déployé dans l’Est (…). Il y a dans l’Est une base solide d’industries détenant une expertise unique qui pourrait très certainement contribuer au développement de technologies propres», lit-on.

L’investissement majeur a également reçu un accueil positif au Cégep Marie-Victorin, où sera construit le terminus de l’axe nord-sud.

«L’arrivée du REM dans la cour de notre établissement contribuera très certainement à permettre à plus d’étudiantes et d’étudiants de découvrir notre Cégep et de bénéficier d’un milieu d’études et de vie unique à Montréal», a déclaré la porte-parole Nathalie Baumgartner.

Bien évaluer les impacts environnementaux

Rappelant qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur les impacts environnementaux du projet, Blaise Rémillard, responsable transport et urbanisme au Conseil régional de l’environnement de Montréal, estime que le prolongement du REM est un compromis intéressant.

«Environnementalement, c’est sûr que c’est une solution qui a plus de désavantages qu’un métro (..) et qui s’intègre moins bien au tissu urbain que le tramway. Par contre, ça reste que c’est un mode express. On est dans une réalité où l’Est est assez étendu. (…) Ça offre donc une alternative plus intéressante pour convertir les automobilistes au transport en commun. »

Par ailleurs, du moment où «une section du REM est déjà construite», le REM reste un mode intéressant à adopter, soutient-il.  Il souligne par ailleurs que certains aspects environnementaux resteront à être élucidés, notamment, la pollution sonore qu’émettra ce type de transport.

-Avec Naomie Gelper

Le texte a été mis à jour afin de préciser les propos de Robert Coutu sur ses attentes face au tracé du REM.

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